mardi 31 octobre 2017

La raison du plus fort (des halles)

« Ah, on s’amuse à boucher le Vieux Port ! Eh bien, viles sardines obstructices, je vous condamne pour ce sit-in maritime à subir la même peine que Laurent : le passage au gril.
- Mais nous n’avons jamais mis les nageoires à Marseille !
- Hum, hum, il me semble vous avoir aperçues dans Plus belle la vie.
- Vous devez confondre, on y  voit plutôt des thons…
- Bof, si ce n’est vous, ce sont donc vos sœurs. »
Et c’est ainsi que l’arbitraire a envoyé se faire dorer de malheureuses bretonnes sur un piteux gril électrique bas de gamme. Elles n’ont pas même eu l’honneur de braises rougeoyantes, que ce soit sur le barbecue ou dans la cheminée.
Mais le Breton et la Bretonne sont têtus et taiseux. Ces sardines sont restées stoïques, sans maudire et sans mot dire.
"Je suis assez rôti de ce côté, avait dit Saint-Laurent au juge en souriant ; faites-moi rôtir de l’autre."
En ce qui concerne nos armoricaines, c’est le bourreau qui a dû gérer la cuisson…
Il ne leur en tint pas rancune. Il leur fournit le remède (de bonne ferme) contre les brûlures. Car il avait d’autorité dépetitpotdebeurrerisé un bon beurre demi-sel après une discussion stérile :
« Petit pot de beurre, quand te dépetitpotgdebeurreriseras-tu ?
- Je me dépetitpotdebeurreriserai quand tous les petits pots de beurre se dépetitpotdebeurreriseront.
- Or comme tous les petits pots de beurre ne se dépetitpotdebeurreriseront jamais, petit pot de beurre ne se dépetitpotdebeurrerisera jamais. Il ne me reste donc plus qu’à sortir mon dépetitpotdebeurrerisateur en inox et l’on verra bien qui aura le dernier mot ! ».
Ce martyre des sardines fut immortalisé par une œuvre du Titien (à Saint- Mamer, où elle est exposée).


sardines grillées, beurre
Le martyre des sardines (nature très morte)


Et c’est ainsi qu’une fois de plus les brebis égarées pourront méditer cette vérité sortie de La Fontaine :

Eh oui, la vérité fait peur...


La raison du plus fort est toujours la meilleure !


Et comme je suis le plus fort, j’ai -avant de manger l’œuvre passée en 3D- tranché en deux puis escalopé des champignons dits de Paris, mais nés en Charente-Maritime (300 grammes) auxquels je n'ai pas demandé leur avis Ils finiront en salade.
J’ai préparé une sauce avec une quinzaine de centilitres de crème fraîche, le jus de deux citrons jaunes, le jus d’un citron vert et son zeste, un trait de balsamique blanc, une cuillerée d’estragon ciselé , une bonne pincée de sel et un tour de moulin de poivre.


champignons de Paris, salade
Blanc sur blanc


Un repas terre-mer bien tranquille, pas désagréable, même si les grosses sardines bretonnes n’offraient pas la saveur des petites sablaises introuvables en ce moment. En revanche, comme toujours, l’alliance champignon/estragon a fonctionné à merveille, avec de surcroit le joyeux titillement des papilles produit par le citron..

jeudi 26 octobre 2017

Fourasine

« Languille ! » criait le docteur Beaurieux au condamné. De fait, il s’adressait à la tête de la victime fraîchement décapitée. Languille était un meurtrier condamné à la guillotine et exécuté le 28 juin 1905. Le médecin rapporte ses observations dans les Archives d’Anthropologie Criminelle. Entendant son nom, la victime décapitée, dont les paupières venaient de se fermer, rouvrit les yeux et fixa le docteur avec intensité, puis les yeux se refermèrent lentement, au bord de l’inconscience...
[…]
Évidemment, la question de l’état de conscience d’une tête séparée de son corps ne saurait aujourd’hui être étudiée scientifiquement.
( POUR LA SCIENCE du 22/03/2011 )


http://www.pourlascience.fr/ewb_pages/a/actu-derniers-instants-d-un-decapite-26625.php

Eh bien si, j’ai renouvelé cette expérience.


anguille, décapitation
Entrée en gore


Et c’est bien plus que quelques secondes que L’anguille a remué la bouche pour tenter de me dire quelque chose que je n’ai pas vraiment compris, sans doute des injures si j’en croie le clignement de ses yeux furibonds. Plus exhaustif que le docteur Beaurieux, j’ai aussi entrepris d’observer le corps. Ce dernier a donné des signes manifestes d’agitation durant au moins un quart d’heure, réagissant violemment à tout contact. Il est probable que ce phénomène eut pu encore se prolonger si je n’avais pas poursuivi la démarche en me livrant à des coupes successives qui ne relevaient plusde la décapitation, mais plutôt de la décaudation… Les tronçons successifs sont aussitôt devenus inactifs, ce qui semble démontrer que L’anguille est dominée par sa queue.


Cette étude terminée, je n’allai pas tout de même pas gâcher ces beaux morceaux. Scientifique, certes, mais aussi gourmet !
J’ai donc décidé de les intégrer dans une chaudrée apte à me remémorer le plat dont je me suis régalé mainte fois dans un restaurant de la Pointe de la Fumée à Fouras, établissement reconverti hélas en piège à touristes après le départ en retraite de son patron…

Je prépare les ingrédients :

Tout d’abord  un morceau de blanc de seiche (non congelé !) que je découpe en parallélépipèdes d'un demi-centimètre d’épaisseurs.


blanc de seiche, chaudrée
Blanc d'automne


Puis les poissons.
Une  petite aile de raie bouclée que je pare en la débarrassant d’une bonne partie du gros cartilage et que je partage en quatre.
Une tranche de lotte que je dépouille des quelques restes de membrane et petits vaisseaux sanguins laissés par le poissonnier,  et qui elle aussi est divisé en quatre morceaux.
Deux darnes de merlu sur lesquelles je ne me livre à aucune intervention.


chaudrée, merlu, raie, lotte
J'ai la pêche !


Enfin le blanc d’un poireau que je tranche en rondelles de 2mmm d’épaisseur et six gousses d’ail.


Je mets à suer dans une bonne noix de beurre de ferme les morceaux de blanc de seiche avec ail et poireau avec une pincée de sel. Quand ils ont rendu toute leur eau et qu’ils sont sur le point de colorer, je verse dans le faitout trois verres d’eau et laisse cuire le blanc de seiche 40 mn à feu doux.
Je rajoute alors les tronçons d’anguille que je viens de faire sauter quelques secondes à feu vif sur une poêle dans un filet d’huile et une noisette de beurre. Quelques minutes plus tard je verse la bouteille de sauvignon du Haut-Poitou achetée sous le regard navré de l’œnologue-vigneronne qui rêvait sans doute pour elle d’un destin plus noble – pourquoi donc avoir dévoilé que je l’achetais pour la cuisine ? J’avais alors tenté de me faire pardonner en assurant que la bouteille de sauvignon gris, alias Fié gris, serait quant à elle dégustée avec l’attention et le respect qu’un tel produit mérite. Je ne suis pas certain d’avoir obtenu l’absolution quémandée…
Cette bouteille se voit adjoindre un grand verre de pineau des Charentes qui va conférer des parfums et de la rondeur.
Vingt minutes se passent à petit bouillon, pendant lesquelles vont dorer à la poêle, dans du beurre de ferme mousseux, deux tranches du pain de campagne au levain du boulanger de mon village que j’ai coupées en deux. J’en profite aussi pour  faire cuire trois pommes de terre à l’eau et pour ciseler finement du persil.
J’introduis la lotte, puis la raie. Quatre minutes de frémissement sur une petite flamme, et je termine par le merlu qui ne doit effectuer qu’un bref passage.
Je retire avec une passoire les poissons, la seiche et l’anguille, les réserve. Je porte le bouillon à ébullition et y fais émulsionner un gros morceau de beurre – toujours ce même produit artisanal si savoureux.
Je rectifie ensuite l’assaisonnement.
Il ne me reste plus qu’à transvaser ce bouillon dans le plat de service, y replacer seiche, anguille et poissons, déposer une pomme de terre au centre et les croûtons sur les côtés et conclure en parsemant de persil ciselé.


chaudrée, Fouras
Comme une fourasine...


Quelques minutes plus  tard, le plat trône au centre de la table et nous siégeons devant nos assiettes de savoureuse chaudrée.


chaudrée
Dans mon assiette


Je me croirais presque à la Pointe de la Fumée.
Sans la mer et l’île d’Aix à l’horizon, hélas…

mardi 24 octobre 2017

Poulet lacrymogène (sans grenades)

Le titre est un peu exagéré pour ce poulet aux trois piments.
Première variété, une poignée de piments végétariens récoltés dans mon appartement au moment du départ qui avaient fait le voyage vers la campagne. De toutes couleurs, car de maturités différentes. Ils se sont bien conservés, mais leur parfum n’était pas aussi puissant que quelques secondes après une cueillette sur le pied…
Deuxième variété, un piment long vert, pas grimpé très haut sur l’échelle de Scoville…
Troisième variété, un piment habanero orange. Quant à lui, il s'était approché des derniers barreaux de cette même échelle, j’en ai eu la preuve après en avoir mis en bouche un petit éclat afin de jauger la bête.
Le qualificatif de lacrymogène lui convenait bien.
Mais le plat final offrait une force tout à fait raisonnable, celle qui titille mais ne tue pas le palais….
Tout a commencé quand, en errant parmi les rayons d’un supermarché, je suis tombé sur le rayon des produits exotiques. Dans une corbeille, des beaux piments habaneros arrivés de République Dominicaine, ceux dont je suis privé depuis quelques mois, le pied de cette variété ayant succombé chez moi à un manque d’arrosage en mon absence, contrairement à celui des piments végétariens. Je cherchais une utilisation pour mes piments voyageurs, eh bien à cette vue une recette a pris corps dans ma tête : un poulet aux trois piments et citron.
J’ai acheté en plus de quatre de ces habaneros (un vert, un rouge, deux orange) un piment long, deux citrons verts et une boîte de lait de coco.
Ne restait plus qu’à me procurer le poulet. Au rayon volailler j’ai découvert un poulet blanc du Maine Label Rouge en promotion qui devrait bien suffire pour cette préparation.
Pour le reste, j’avais déjà…
Et c’est ainsi que le lendemain je sors le poulet de la barquette et le découpe. 
Dans une cocotte en fonte, je fais dorer les morceaux dans un trait d’huile d’olive, ainsi que la carcasse partagée en quatre qui évacuera le plat après cuisson, ayant terminé sa tâche ingrate mais essentielle de dispenseur de goût.
J’ajoute deux échalotes hachées grossièrement. Pendant qu’elles fondent sur la flamme baissée, je presse deux citrons jaunes et deux citrons verts. Je verse ce jus dans la cocotte, ajoute les piments végétariens tranchés certains dans la longueur, d’autres transversalement, le piment vert et le piment habanero, tous deux coupés en deux et débarrassés de leurs graines. J’ajoute une carotte découpée en batonnets, deux gousses d'ail, un peu de zestes prélevé sur les citrons, une feuille de laurier et un brin de thym et laisse réduire une dizaine de minutes.
Il reste au fond de la cocotte un jus un peu sirupeux. Je verse  25 cl de lait de coco, incorpore une cuillerée à café de curcuma. La cuisson se poursuit à feu doux pendant une quarantaine de minutes.
Il ne reste plus qu’à enlever les morceaux de carcasse  et à verser dans un plat de service.


poulet, piments, citron, lait de coco
Poulet aux trois piments

Du riz basmati destiné à accompagner le poulet avait cuit dans une casserole d'eau bouillante à ses côtés.
Et c’était bien bon…

dimanche 22 octobre 2017

Pas triste, la vie d'artiste

On apprend que Chaud-Rond, l'artiste dont l'oeuvre à la fois pertinente et impertinente n'est pas encore assez connue du grand public,vient de quitter (mais est-ce provisoire ?) sa période pop-lard pour s'engager dans une période néo-poireau.


poireau, jambon
Mise en cène
 
Elle se distingue de la période poireau qui connut un succès d'estime il y a quelques années
 
poireaux, asperges du pauvre
Même les pauvres ont droit aux asperges!
par la présence d'un jambon de pays (peut-être le lien avec la période pop-lard ?) qui apporte une touche de couleur contrastée bienvenue. On notera aussi le passage du cadre rectangulaire au cadre circulaire et du fond noir au fond blanc.
 
Une petite révolution (de palais) que cette évolution...

Libérée, délivrée

« Parthenaise avait été emprisonnée dans un carcan de barde cernée de plastique par le méchant mage Leclerc. Je savais que si je parvenais à la libérer de ce triste château brillant dans lequel elle était séquestrée, elle m’offrirait son cœur de rumsteck.
Le chevalier que je suis s’empara de son épée, je tranchai le plastique et fus enfin son débardeur.
Parthenaise apparut alors devant moi, dans sa nudité appétissante. Mais alors ce fut le drame.
Elle se mit à chanter : libérée, délivrée
- Bon, bon, nous connaissons, épargnez-nous la suite.
- Ah, Monsieur le Président, je vois que vous comprenez le supplice qui fut le mien ! Alors vous ne serez pas étonné que, pris d’une rage soudaine, j’ai jeté Parthenaise sans autre forme de procès dans la poêle où fondait une noix de beurre.
- J’avoue, pardon, je concède que l’on peut éprouver une certaine indulgence à votre égard.
Mais, Maître Maillard, je vois que vous demandez la parole. Je vous l’accorde volontiers
- Oui, en tant qu’avocat de la famille Parthenaise, je ne puis rester sans réactions. Je suis stupéfait devant vos propos où je vois la solidarité machiste des sauteurs patentés.
- Je ne vous permets pas...
- Ce que vous ne devriez pas permettre, c’est la possibilité pour le prévenu, ce monstre qui dissimule ses turpitudes derrière sa mine avenante et ses prétextes fallacieux, de réitérer ses actions prédatrices.
Sachez qu’à la maltraitance envers Parthenaise…
- Ah ça non, je ne l’ai pas maltraitée, au contraire je ne l’ai pas posée sur une poêle trop chaude, je l’ai arrosée régulièrement  de mon beurre, du beurre fermier aux parfums  d’herbage propres à lui rappeler le pays …
- Il suffit… Prévenu, n’ajouter pas le cynisme à vos forfaits dont je suis sûr que Maître Maillard se fera un plaisir de dresser la liste. Maître, je vous rends une parole qui, j’ose l’espérer, sera plus modérée…
- Je vous en remercie. Monsieur le Président, Mesdames  et Messieurs les juresses et les jurés, sachez qu’à la maltraitance envers Parthenaise s’ajoute celle envers de malheureuses Chanterelles qui ne demandaient qu’à vivre paisiblement dans les bois. Eh bien non, elles ne purent pas connaître ce paisible bonheur, car l’inculpé pratique aussi le génocide sylvestre. Ce ne sont pas une, pas  deux, pas trois, pas quatre, pas cinq...
- Veuillez abréger, Maître !
- Bref, ce fut une foultitude de Chanterelles qui furent ses victimes. Veuillez  faire circuler parmi les juresses et jurés une photo prise sur la scène de crime.


crème, chanerelle, pineau
Scène de crème


Qui ne serait ému, non, le mot est trop faible, qui ne serait bouleversé par la vue de tous ces corps allongés gisant dans un magma infâme…
- Ah ça non, sachez que ce magma infâme est constitué d’échalotes, bon, je les ai fait suer, mais, monsieur le beau parleur, ne vous arrive-t-il jamais de faire suer quelqu’un, tiens, quelqu’un comme moi par exemple. Sachez qu'après je leur ai offert un verre de pineau des Charentes. Et puis il y a aussi de la bonne crème épaisse qui vient de la même ferme que celui qui me permit d’oindre Parthenaise. Alors des magmas infâmes comme ça, j’en veux bien tous les jours !
- Allons, allons, prévenu, ne tombez pas dans la trivialité. Cependant, Maître Maillard, je m’aperçois que vous avez oublié de faire circuler la seconde photo qui m’évoque ces paisibles clichés familiaux où les étreintes et les visages épanouis du groupe expriment le plaisir de se trouver réunis dans une atmosphère de paix et de sérénité.


chanterelles, parthenaise
Parthenaise libérée entourée de ses chanterelles d'honneur

- Atmosphère, atmosphère…
- Maître Maillard, ressaisissez-vous. Abrégeons, il est tard, et ce procès m’a mis en appétit.
Après en avoir délibéré avec moi-même, je condamne le prévenu à une année d’écoute quotidienne de libérée, délivrée. Pas d’objection parmi le jury ?
- Non, non, non…
- La séance est levée ! »


En ce qui me concerne, je trouve la peine un peu trop sévère.
Et je savoure les pièces du procès. Avec une baguette, magique !


samedi 21 octobre 2017

La chèvre qui rit

La chèvre a arboré un large sourire quand elle a vu les tourteaux fromagers que j’avais réalisés avec son lait. Un sourire ironique.


Pourtant tout débute bien.
Les deux faisselles de fromage de chèvre obtenues auprès de l’éleveuse productrice de Sainte- Maure se sont bien égouttées, et après pressage dans un torchon entortillé ils me fournissent  680 grammes de pâte blanche.
Un rapide calcul m’indique qu’il me faut donc 17 œufs…
Première étape, les clarifier.


oeufs clarifiés
Que d'oeufs !





oeufs clarifiés
Re que d'oeufs




Ah, j’allais oublier, mais avant de passer à la suite il vaut mieux beurrer les moules à tourteaux et les chemiser d’une fine couche de pâte brisée préparée la veille.



touurteaux fromagerss
Tombe la chemise !



Bon, c’est fait. Je les réserve au réfrigérateur le temps de réaliser l’appareil.
Il s’agit maintenant de monter les blancs en neige. Las, le vieux robot de cuisine Braun  a rendu l’âme il y a quelques jours, la fumée qui s’en échappait provenait d’un condensateur dont la référence est désormais épuisée chez  tous les fournisseurs de pièces détachées. Remerciement quand même envers ce valeureux appareil qui a fourni une trentaine d’années de bons et loyaux services.
Mais il me faudra remplacer l’électricité  par l’huile de coude. Dix-sept œufs…
Au bout de quelques minutes la tâche est accomplie.


blancs en neige, tourteau frimager
Mon blanc


Le lendemain  je découvrirai dans un coin, bien cachée derrière la vaisselle, l’antique batteur manuel dont j’avais oublié l’existence…


batteur manuel
Vieux BatMan



Mais en cet instant, je suis loin de songer à demander l’intervention de BatMan pourtant si proche.
Aussi je reprends le fouet –de mauvaise qualité pour tout arranger…- afin de blanchir les jaunes avec 435 g de sucre.


tourteaux fromagers, jaunes blanchis
Ils en blanchissent, les traîtres..


J’y ajoute 165 g de farine que j’incorpore, toujours avec le fouet.


tourteaux ffromagers
Et ils reviennent, la mine enfarinée


Nouvelle tâche, nécessitant toujours de l’huile de coude : passer le fromage de chèvre à travers la grille du moulin à légumes.


tourteau fromager
On en sort comme dans un moulin


J’introduis ce fromage dans l’appareil en gestation, mélange bien. Puis j’incorpore délicatement  les blancs en neige. Toujours avec de l’huile de coude, mais le fouet a cédé la place à la maryse.

tourteaux fromagers
Qui est à l'appareil ?


L’appareil à tourteaux fromagers est prêt. Je peux sortir les moules chemisés du réfrigérateur et piquer la pâte. Ce qui me permet de faire une découverte : les pointes des fourchettes de la maison ne sont pas alignées en longueur. Est-ce la conséquence d’un long vécu ?


tourteaux fromagers
Piquons


Les moules sont emplis de l’appareil.


tourteau fromager
Ras le moule


Je me souviens de la procédure, plusieurs fois appliquée :
tourteaux enfournés à 280°C pendant une dizaine de minutes, puis thermostat remis à zero tout en laissant les pièces finir leur cuisson durant un peu plus de trente minutes.
Une méthode qui fonctionne très bien dans mon fourneau urbain.



tourteaux fromagers
De mes tourteaux fromagers de naguère


Mais là je m’aperçois  que le four ne dépasse pas les 240°C…
Je décide donc de prolonger la première étape de 5 minutes supplémentaires.
L’aspect à H+15 me rassure un peu.


tourteau fromager, four, température
TourtOVNI


Mais vingt minutes plus tard les dômes ne sont pas devenus noirs. Et je m’aperçois que la température du four n’atteint même pas les 100°C ! Ce four poussif n’est même pas bien isolé thermiquement…
Alors j’ai la mauvaise idée (mais quelle eut pu être la bonne ?), je remets la chauffe …et quelques minutes plus tard, sans pour autant avoir pris beaucoup de couleurs, ces dômes me narguent  par une large fissure en forme de sourire moqueur.
Dépité, je sors du four les quatre avortons qui ne tardent pas à s’effondrer lamentablement.
Ils se voulaient tourteaux, ils naquirent soufflés et finirent en ronds de flanc.

Et c’est ainsi que chez moi j'héberge une chèvre qui rit et qui me porte sur les nerfs.


tourteau fromager, température
La Chèvre qui rit

jeudi 19 octobre 2017

Je m'appelle Henri

Henri III aimait beaucoup la fraise.


fraise, Henri III
La fraise de Trois


Henri IV aimait beaucoup la poule au pot, mais aussi les poulettes.


Henri IV, poule
La poule de Quatre


Pour ma part, je ne m’appelle pas Henri, mais j’aime beaucoup la fraise sauce poulette.
Ne pouvant plus me procurer de fraise en ma bonne ville pourtant royale, le tripier étant disparu des halles locales, je me suis trouvé fort aise de pouvoir acheter ce produit dans mon marché couvert poitevin  favori (du moins avant d’y avoir été privé de farci et d’entrecôte…) à un tripier heureusement toujours fidèle au poste et non atteint de flémingite aigüe…

Après un séjour d’une journée au réfrigérateur  immergée dans de l’eau fraiche, ma fraise de veau était toujours fort  avenante et je n’ai plus eu qu’à l‘égoutter et à la découper avant de la plonger dans une cocotte où suaient sur une noix de beurre demi-sel deux oignons et une échalote ciselée.


fraise de veau
Coupons et recoupons...


J’ai haussé le feu jusqu’à évaporation complète, brassé avec une bonne cuillerée de moutarde à l’ancienne, puis arrosé d’un grand verre de vin blanc sec. Un bouquet garni (persil, cèleri  branche, thym et laurier enserrés dans une feuille de poireau) ainsi que deux gousses d’ail dégermées sont venus s’ajouter à ce qui commençait déjà à sentir bien bon.
Puis j’ai continué la cuisson à feu doux pendant environ deux heures.
Quand j’ai vu que dans la cocotte il ne restait sous les morceaux de fraise qu’un fond de liquide bien réduit, je me suis lancé dans la confection de la sauce poulette.
Je me suis inspiré d’un vieux livre de ma grand-mère écrit par Émile Dumont :

LA BONNE CUISINE
Manuel économique et pratique
(Ville et Campagne)

Nouvelle édition, revue et augmentée
Mention honorable à l’Exposition Universelle de 1889


J’ai commencé par ce que cet ouvrage appelle une Sauce blanquette (légèrement revisitée toutefois…).
En fait il s’agissait de notre sauce blanche actuelle, qui dans cet ouvrage est rehaussée par un oignon et un bouquet garni. En ce qui me concerne, j’ai remplacé le verre d’eau par un verre de fond de volaille que j’ai versé sur la noisette de beurre fondu mélangée avec une petite cuillerée de farine.
J’ai laissé cuire à feu doux une dizaine de minutes, puis j’ai incorporé à cette Sauce blanquette la moitié d’un pot de 25cl de crème fraîche fermière. Après réduction, j’ai ajouté hors du feu deux jaunes d’œufs battus avec le jus d’un demi-citron.
La sauce poulette était prête. Je n’ai plus eu qu’à la verser, toujours hors du feu, sur la fraise de veau que contenait la cocotte.




fraise de veau, sauce poulette
Ah si vous connaissiez ma poulette...




Et c’est ainsi que j’ai fait un festin de rois.
.

mercredi 18 octobre 2017

Immature

Tiens, le patron âgé n’est plus là… Reste sa fille. Il doit avoir pris sa retraite, et elle assure vraisemblablement la succession. J’attends qu’elle finisse d'explique à une sotte ce que sont les sot-l’y-laisse qui s’entassent dans un bac en mimant la poule avec force battements de coudes et en situant leur localisation carcassienne d’un index expert dirigé vers les flancs de son opulente poitrine. Sauf que la cliente potentielle reste perplexe devant ce volatile mamelu. Elle s’éloigne perplexe en hochant la tête… Profitant de ce départ, je soumets à la gallinacée apaisée ma demande de découpe d’une bonne tranche de farci.
«Du farci ? Vous voulez dire du pâté… »
Ben oui, voilà ce que la néo-patronne me répond  derrière l’étal où depuis  plusieurs années je venais acheter ce que je considérais  comme le meilleur farci poitevin du marché pour ne pas dire de la région (mais bien sûr je n’ai pas testé toutes les productions locales !) .
« Non, non, je parle bien de farci,  de ce bon farci poitevin que je ne vois d’ailleurs pas à sa place habituelle.
-Ah, du farci… Mais non, je n’en fais plus, c’est trop de travail.
-À artisan paresseux, client absent ! Adieu Madame.»
Je suis un peu marri de rayer une de mes adresses de mon carnet gastronomique et de songer que plus jamais je ne dégusterai ce mélange bien équilibré d’herbes où la bonne pointe d’acidité de l’oseille était présente et où la viande savait admettre de se contenter d’un second rôle.
Mais foin de nevermore, je prendrai le farci chez le boucher vers lequel  se dirigent mes pas avec l’intention d’acheter une entrecôte  de son excellente viande de la race Parthenaise. Son farci ressemble plutôt à un pâté avec beaucoup d’herbes, je m’en régale nettement moins, mais il a le mérite d’exister, je m'en contenterai.
Il y a la queue. Tiens, contrairement à d’habitude ce n’est pas son épouse chargée de l’encaissement ainsi que des découpes de terrines, distributions de saucisses et emplissage de barquettes qui l’assiste, mais un garçon-boucher au regard bovin fort approprié au lieu. Manque de chance, je tombe sur lui…
Ce boucher bouché va fouiller au milieu de steaks divers en vrac pour me sortir un morceau prédécoupé qui ressemble autant à une belle entrecôte que moi à un bel Apollon. Je suis habitué à ce que le boucher sorte l'apétissant train de côtes de l’étal, le pose sur une planche et promène son couteau en me demandant de l’arrêter quand il sera parvenu à l’épaisseur que je souhaite. Ensuite il pare le morceau avec soin et me gratifie parfois d'un os à moelle en prime.
Mais là, devant mon refus de me satisfaire de son rogaton, ne voilà-t-il pas que ce boucher plus crétin qu’un lapin me pose la question qui me fâche à tout coup :
« C’est pour combien de personnes ? »
Non mais, ce triste zigoto aurait-il la prétention de me dicter les doses de portions carnées que nous devons ingurgiter ?  Ma réponse fuse :
« Je ne réponds pas aux questions imbéciles ! Adieu Monsieur. »

Et c’est ainsi que j’ai quitté le marché couvert sans entrecôte parthenaise ni farci poitevin…


Cependant mon besoin de viande rouge est trop fort…
Il y a quelques mois j’avais aperçu au rayon boucherie d’un supermarché voisin une armoire où maturaient des trains de côtes de bœuf de races diverses. C’est l’occasion de tester.
Je dirige donc mes roues  vers le parking de cette grande surface.

Et c’est ainsi que je rentre à la maison avec une côte de Rouge des Prés (ex Maine-Anjou) maturée durant un peu plus de deux mois et extraite de sa croute brunâtre en arrière-boutique par le boucher de service.



côte de boeuf, rouge des prés, viande maturé
Qu'est-ce que j'ai l'air mature !
 
Je me suis contenté de la poser sur le gril, la saisissant à feu moyen-fort sur chaque face et la laisant ensuite poursuivre sa cuisson  à feu moyen-faible une quinzaine de minutes en la retourant de temps à autre.
Je l’ai accompagnée de pommes sautées dans le beurre demi-sel parfumées par de l’ail taillé grossièrement.



côte de boeuf, maturée,  rouge des prés, pommes sautées
Mais non, ce n'est pas une côte de zébre !


Cette côte était savoureuse et très tendre, bien que mal nettoyée.  Mais ça ne m’empéchera pas de regretter ma Belle Parthenaise…



maturée, rouge des prés
Au bout de ma fourchette...

lundi 16 octobre 2017

SCOOP : UN RAZ-DE-MARÉE DEVASTE LES CONFINS DU POITOU ET DE LA TOURAINE

Triste nouvelle : le déréglement climatique a encore sévi. Les confins du Poitou et de la Touraine ont été envahis par la mer.
Notre envoyé spécial vient de nous informer que l'eau vient tout juste de se retirer, laissant un sol dévasté. Un survivant a mis sur Tweeter une photo du désolant spectacle qu'offre cette terre jadis si prospère désormais jonchée de débris apportés par les flots.


plateau, fruits de mer
L'abomination !



On peut se rendre compte de la violence du phénomène : lourds morceaux de métal emportés comme feuille au vent, crabes tranchés en deux, citrons déchiquetés arachés à la Floride.

Est-il trop tard, quelle Terre laisserons nous à nos enfants ?  😢



Le mariage de Canette

C’est fait ! Canette est mariée.
Voici le déroulement de la cérémonie…

Ingrédients (pour 2 personnes) :
2 petits filets de canette (avec aiguillette)
1 oignon violet
1 bocal de mojettes AOC de Vendée au naturel (458 ml)
1 branche de sauge
5 branches de persil
50 g de beurre
1 pincée de sucre en poudre
poivre noir
sel


Préparation :
Parer les filets de canette en les dénervant et en enlevant une bonne partie de la graisse. Strier la surface de la peau à l’aide d’un couteau bien aiguisé.

canette, filet, parer
L'habillage de la mariée
Ciseler les feuilles du persil
Débarrasser l’oignon de sa base, le couper en deux dans le sens vertical et le mettre à glacer dans une petite casserole avec deux cuillerées d’eau, une pincée de sucre en poudre, une pincée de sel, une petite noix de beurre.
Réchauffer les mojettes dans une casserole à feu doux avec le beurre et  l’extrémité de la branche de sauge.
Poser les filets de canette saupoudrés de sel fin côté peau sur une poêle chaude,  retourner quand une bonne coloration est obtenue, retourner les filets et poursuivre la cuisson trois minutes.

Dressage pour une assiette :
Allonger un filet de canette peau sur le dessus.
Disposer un petit monticule de mojettes, le faire traverser par un trait de persil ciselé.
Placer l’oignon entre les deux, coupe vers le haut et pointe vers le centre de l’assiette.
Donner deux tours de moulin de poivre.
Terminer en offrant le bouquet à la mariée : trois feuilles de sauge.


filet de canette, oignon violet, mojettes
La mariée et le marié


dimanche 15 octobre 2017

Le bonheur est dans le parc (à huitres)

Plaisir simple : une demi-douzaine de spéciales et une crépinette dans chaque assiette.

J’ai ouvert les huîtres. Pendant qu’elles me faisaient le don d’une nouvelle eau toute neuve, j’ai mis à cuire sur une poêle à feu moyen les crépinettes. Une fois bien dorées, je les ai blotties au centre des assiettes et je les ai saupoudrées d’un peu de piment d’Espelette. J’ai déglacé la poêle avec un trait de balsamique blanc, puis, après une brève réduction j’ai arrosé ces dodus disques porcins du jus obtenu.
Une fleur de bourrache apportait une touche de couleur sur chaque assiette, mais pas que… Nous avons aussi apprécié son goût très en harmonie avec celui de l’huître.

Huître gobée, bouchée de porc parfumée, mais aussi gorgée d'un AOC Fiefs vendéens Mareuil de chez Mourat parfait pour les fruits de mer… La ronde se poursuit.

spéciales, huîtres, crépinette, vin de Mareuil
Tourne autour, et la crépinette cherra


Le bonheur est dans le parc !

Ne pleure pas, Canette

D’aucuns assurent qu’un plat doit raconter une histoire.
Eh bien je suis moi-même tombé dans le Piège. Aussi, cette fois-ci,  je commence par l’histoire. Le plat sera réalisé plus tard…

Ne pleure pas Canette, nous te marierons !

Canette était en larmes. Nous  nous penchâmes vers elle et tentâmes de la réconforter.
« Mais pourquoi pleures-tu ?
-Oignon en est la cause ! »

Ah bon, ce n’était donc que  ça…
« Mais, Canette, toute ménagère connait ce problème. Il suffit de le mettre sous un filet d’eau ou bien de porter des lunettes de plongée… »
Canette trépigna et hurla :
« Mais vous ne comprenez rien à rien ! Oignon, je l’aime, et je veux l’épouser.
-Quelle idée ! Ne sois pas capricieuse, ne pleure pas Canette, nous te marierons avec le fils du baron d’Agneau ou du prince de Bretagne.
-Je veux mon Oignon, je veux mon Oignon, celui qui est en cageot ! »
Et elle se remit à gémir, de grosses larmes vinrent sillonner ses joues palôtes.


Quant à nous, nous ne sommes pas des sauvages.
Nous avons cédé. Canette et Oignon se marièrent et reçurent la bénédiction de l’abbé Chaud-Rond.
À la sortie de l’église, le couple fut accueilli par une pluie de grains de mojette que leur lancèrent les invités de la noce.

Ce mariage fut l’occasion d’un joyeux repas. Quand l’abbé Chaud-Rond, moins compassé que de coutume de par l’action bienfaisante des breuvages servis à flot, entreprit de chanter d’une voix de fausset mal assurée « Ne pleure pas Canette, nous te marierons ! », le refrain fut repris en chœur par l’ensemble des convives.

Mais au moment des desserts, Canette et Oignon étaient disparus…

samedi 14 octobre 2017

La reine des prunes

La patronne m’a ri au nez quand je lui ai demandé timidement si, en ces premiers jours d’octobre, sa boulangerie angevine confectionnait encore les pâtés aux prunes que j’y achète chaque année.
Je savais bien que la saison de la reine-claude avait été plutôt précoce, cependant j’avais acheté des prunes de cette variété (certes de Bavay, mais reine-claude quand même) quelques jours auparavant… Alors la question ne me semblait pas si absurde !
Mais la mégère s’est esclaffée en se tapant les mains sur les cuisses : « Ben non, quand même ! On a arrêté fin août ! ah, ah, ah ! ». J’entendis un le con non-dit, mais implicite…
Ouais, produit retiré de vente au moment où cessait le passage des pigeons en estive. Je jurais, mais un peu tard, qu’on ne m’y prendrait plus et m’éloignais sans mot dire, mais avec la mine renfrognée la plus apte à exprimer ma réprobation devant cet accueil fort peu commerçant.

Et c’est ainsi que le pâté aux prunes fut maison...

Des reines-claudes achetées au marché, eh oui, Madame, il y en avait encore…
Et comme pâte une variation autour de la pâte brisée :
500 g de farine
250 g de beurre
1 œuf
1 cuillerée de sucre

1 pincée de sel
1 sachet de levure chimique

Pétrissage plus approfondi que pour la pâte brisée des tartes…


Pâté aux prunes
Chûte de prunes, d'Angers


Après avoir posé les prunes serrées au maximum les unes contre les autres sur les 3/5 de la pâte étalée au rouleau, on saupoudre de sucre en poudre sans lésiner et coiffe des 2/5 restants. Avant d’enfourner 45 minutes à 180°C, on pratique une incision en croix dont on soulève les bords afin de créer une cheminée.


tourte au prunes, reines-claudes
Le cercle des reines-claudes disparues


Après cuisson, l’on obtient un savoureuse tourte aux prunes angevine, et l’on décide de se passer désormais des boulangères angevines tartignoles !

pâté aux prunes angevin
Une tranche d'Anjou

jeudi 12 octobre 2017

Bucolique

Sunt nobis mitia poma,
Castaneae molles et pressi copia lactis


Virgile



En région parisienne, châtaignes sauvages cuites à la machine tournante, à la campagne, châtaignes commerciales d’Ardèche cuites dans un diable en terre. Telle est ma vie !
Ce diable en terre, ce fut l’un de ma grand-mère. Elle le doublait de feuilles de chou afin de créer une ambiance humide. N’en disposant pas, j’ai prélevé quelques feuilles de vigne sur une branche d'un vieux cep du jardin.


châtaignes, diable, feuille de vigne
Sous la feuille de vigne

Ma grand-mère plaçait le diable sur un trépied au-dessus des braises de la cheminée. Je ne l’avais pas allumée, ce fut le gaz qui assura la cuisson.


châtaignes, diable
Comme un beau diable

Et c’est ainsi que j’ai pu me régaler d’un repas virgilien : châtaignes, mais aussi fromages de chèvre et noix fraîchement ramassées sous l’un de nos noyers…


châtaigne, fromage de chèvre, Sainte-Maure, noix
La campagne est une nature morte
Triste à dire, mais les châtaignes quasi urbaines furent plus savoureuses et mieux cuites !
Nous nous sommes consolés avec le fromage de Sainte-Maure, les cerneaux …mais surtout la bernache, pour une fois rose, comme la couleur en quelle elle fait voir la vie. Youpi !

Capsicocide compassif

Il n’était pas question d’abandonner mes mini-poivrons multicolores. Ils auraient dépéri, minés par le chagrin, et se seraient laissé mourir dans la flasquitude au milieu de leurs larmes.
Aussi m’ont-ils suivi afin de partager avec moi les plaisirs simples de la Province. Et comme moi ils se sont emplis la panse de produits locaux.
Ces douze voraces ont ingurgité :
330 g de porc poitevin haché
1 poignée de la mie d’un pain campagnard de la boulangerie du village
1 verre de bernache d’n vigneron du Loudunais
1 petit oignon rouge d’un paysan du Richelais haché finement (l’oignon !) dans lequel j’avais prélevé quelques rondelles
2 gousses d’ail du même paysan hachées tout aussi finement
¼ de botte de persil d’un paysan du Neuvillais ciselée finement
qq feuilles de romarin du jardin ciselées tout aussi finement
2 branchouilettes de thym du jardin, mais seulement  les feuilles tombées en frottant entre les paumes de la main
1 petite cuillerée  de piment d’Espelette
3 tours du moulin de poivre noir

Repus, les mini-poivrons ont exprimé le besoin de faire une sieste. Bienveillant, je les ai installés sur un lit de tranches de tomates qui elles aussi avaient fait le voyage. Elles ne tardèrent pas à ronfler…
Le salopard que je suis profita  de ce moment d’abandon où elles égrenaient leurs rêves – mais de quoi ? de prendre du bon tian peut-être… - pour les arroser discrètement d’huile d’olive, planter quelques cercles d’oignon et surtout, ce qui est plus grave, les glisser dans un four à 175 °C.


mini-poivron, poivrons farcis
La panse pleine....
 
Après la quarantaine de minutes que dura ce capsicocide (sous anesthésie, je tiens à le préciser !), j’ai sorti le plat du four  pour  le faire entrer dans le réfrigérateur après refroidissement afin qu’il y passe une nuit d’alchimie des saveurs.
Quand je les ai sortis le lendemain de sa geôle glaciale, les poivrons farcis reposaient sur la belle gelée de leur jus et de celui des tomates compotées.


poivrons farcis
On se les géle...



J’ai renfourné pour une dizaine de minutes à 180°C. La farce a continué à dorer et les cercles d’oignon ont légèrement caramélisé.

poivrons farcis
Les pieds dans le jus


Eh bien, c’était rudement bon. Ces mini-poivrons sont plus sucrés que les grosses variétés, ils exhalent un parfum délicat et leur peau est tendre.  La farce parfumée était moelleuse et ce jus, ah, ce jus… !
Je ne regrette pas ma traîtrise.

mardi 10 octobre 2017

Plat forêt-marais

Un quatuor échappé du marais et  une ennéade venue de la forêt se sont rencontrés dans la cuisine de ma maison campagnarde.

Le premier contact ne fut pas facile.
« T’as l’air de quoi,  la visqueuse fuyante qui, était planquée dans la flotte ! »


anguilles, marais
Les filles du marais


« Eh, tu peux parler,  la bourge qui dissimule son corps d’échalas sous un grand chapeau façon The Queen…Pas étonnant qu’on t’a placée à côté de débris ! »


coulemelles
Les filles de la forêt


Rapidement j’entrepris de calmer ce petit monde.

« Coulemelle, ça rime avec poubelle. C’est là que vous allez finir, les squatteuses de forêt, j’en mettrais ma tête à couper… »
Cette anguille aurait mieux de se taire, je l’ai prise au mot.


anguille, découpe
Leurs têtes à couper...


J’ai fariné les tronçons débarrassés de tripes et boyaux, mais ayant conservé leur peau. Puis je les ai plongés dans de l’huile d’arachide très chaude au sein d’une sauteuse placée sur un feu vif.


anguilles, sauteuse
Nous préférions l'eau du marais...


Deux minutes plus tard, elles étaient saisies.
Je jetai l’huile, la remplaçai par une grosse noix de beurre demi-sel, versai sur les tronçons d’anguille force ail et persil hachés. Après une cuisson d’une dizaine de minutes sur feu doux, mes sauvages du marais s’étaient métamorphosées en un bon plat d’anguilles à la maraîchine…


anguilles à la maraîchine
Maraîchine nous voilà !


Je voyais bien que les coulemelles ricanaient dans leur coin. Plus pour longtemps ! Une autre grosse noix de beurre demi-sel au fond d’une poêle, et elles se retrouvaient  sur le fourneau à côté des anguilles.


coulemelle, poêle
Coulemelles cul par dessus tête


Et c’est ainsi que réunies dans leur (in ?) fortune les filles du marais et les filles de la forêt purent trinquer de concert autour d’une bouteille de bernache !


anguilles, maraîchine, coulemelles
Autour de la bernache


Nous les avons encore plus rapprochées au creux de nos assiettes.


coulemelle, a,guille, marais, forêt
Dans mon assiette


Un régal. Je me demande simplement si je n’aurais pas dû pratiquer la recette que j’ai dégustée jadis plusieurs fois dans un petit restaurant du Marais poitevin, où les anguilles n’étaient pas farinées, mais cuites dans le beurre en compagnie de mie de pain… C’était délectable !

Pour finir et rester sur une note poitevine, un macaron du Poitou d’excellent aloi, en tout cas bien meilleur que celui que son concurrent local avait présenté dans l’émission « La meilleur boulangerie ».



macaron, Poitou
À l'amande