samedi 30 mai 2020

La cuisine Bette

En fait, le sachet de semence portait l’inscription : poirée blonde. Mais l’un et/ou l’autre se disent/dit.
Alors, comme je suis le maître de céans, j’ai préféré cette cuisine Bette à une cuisine Poirée.
J’avoue avoir un moment pensé titrer Ma cuisine Poirée (et ses rots), mais c’était du dernier mauvais goût. Et de plus même pas vrai !
Le vocable blette était aussi possible, et j’ai songé durant un bref instant à un La blette dans son bocal ce qui était bien plus proche de la réalité, option finalement repoussée car je voyais la blette tourner comme un ide vulgaire (famille des cyprinidés) dans sa prison. Et tourner, pour une conserve, ce n’est pas le meilleur destin.
Car c’est bien de conserves qu’il s’agit, réalisées avec la dernière récolte du rang de poirée blonde à carde blanche dans le jardin.
Pas mal de temps de préparation - en particulier pour enlever les fils des côtes (les fils de la côte sont aussi malfaisants que les frères de la côte) - et de stérilisation pour obtenir un stock qui ne permettra pas de soutenir un siège…
Mais le résultat est plutôt sympathique.

conserves, bocaux de poirées
La langue pendante


Et c’est ainsi que la cuisine Bette passera l’hiver pour finir dans le gratin…

mercredi 27 mai 2020

Comment j’ai sauté ma poule de luxe après ses vapeurs

Pour la première fois le pape Merle I ressentit comme un doute sur son infaillibilité.

En effet, parcourant le blog SOS Grisbiche sur l'écran de son téléphone Papamobile d'un œil à la fois bienveillant- c’est tout lui, les trois lettres SOS l’avaient attiré comme un ver frétillant attire le gardon… - et gourmand - si tant est qu’un œil puisse être gourmand - le Souverain Pontife avait sursauté en lisant ce titre : « Comment j’ai sauté ma poule de luxe après ses vapeurs ».
Ah, non, s’était-il écrié, je veux bien être bon, mais pas… Bref, Merle I, désenchanté, bascula vers la page appel de son Papamobile pour tancer vertement la Curie pour son incurie.
« M’enfin, qu’est-ce que vous faites tout de ces saintes journées, je vous avais dit de bloquer avec la fonction Index toutes les publications contraires à la morale. Alors c’est moi qui dois faire votre job ? Je vous signale… bla bla bla… ».
L’abbé Chamel, blanc de peur devant cette réprimande, s’était empressé d’exécuter les ordres. Dix minutes suffirent pour que la poule de luxe soit mise à l’Index.
Mais quelques heures plus tard le cardinal Thermidor, un prélat d’origine cubaine que les méchantes langues (la méchante langue ne manque pas au Vatican, où elle supplante sans peine la langue latine) surnommaient Fidèle Castré en raison de sa voix haut perchée, toutefois pas suffisamment vers les cieux pour être qualifiée de vox Dei, avait entrepris de superviser le travail de son chargé d’Index… Ces inspections, outre la nécessité de recadrer les choix d’un jeunot alliant le manque d’expérience à une sottise notoire et dont la principale qualité était la servilité, lui procuraient souvent le bonheur de lectures affriolantes dont il n’avait même pas à confesser le plaisir pervers qu’il y prenait, car elles relevaient d’un cadre strictement professionnel - Thermidor était un peu jésuite sur les bords…
Aussi notre Cubain croyant accoster sur la baie du cochon avait entrepris de suivre les aventures de la poule de luxe avec une lippe concupiscente. Il en avait été fort déçu, sa gourmandise ne portant point sur la chère, mais sur la chair. « La chère est triste, je n’en lirai pas tous les livres », s’était-il dit en se levant pour aller sermonner le pauvre abbé Chamel avec une vigueur à la mesure de sa déception.
« Mais c’est le pape Merle qui me l’a demandé en personne personnellement !
-  Ah bon ? Eh bien il voulait vous tester. Et vous l’avez déçu, comme vous m’avez déçu. Pour cette fois, je vous absous, mais veillez à me dénicher de textes plus… Enfin plus… Bref vous me comprenez. D’ailleurs je ne suis pas le seul à observer ce fléchissement. Pas plus tard qu’hier Sœur Marie-Thérèse me confiait qu’ah cet Index, il n’est plus aussi satisfaisant qu’autrefois. Il est vrai qu’elle sait ce dont elle parle, ce n’est plus une colombe de l’année. Mais je m’égare… »
L’abbé Chamel eut la lourde tâche de contacter le Souverain Pontife pour justifier la sortie de la poule de luxe de l’Index. Comme il était sot mais loin de d’être bête, il pensa que la meilleure tactique était de lui mettre le texte sous les yeux.
« Seul le titre prête un tantinet à équivoque, mais il n’y a pas de quoi fouetter un chat… »
« Peut-être une béarnaise… » ajouta-t-il d’un air benêt.
Merle I lui sourit avec bonhomie.
« Au temps pour moi. J’aurais dû lire jusqu’au bout. Ne pas être comme ces lecteurs de blogs qui survolent sans rien voir vraiment. Mais surtout, mon fils, ne va pas répéter urbi et orbi que le pape est faillible ! »

Le lecteur qui, contrairement à Merle I, est parvenu jusqu’à ces lignes pourra construire sa propre opinion, Index or not Index, en parcourant les lignes suivantes :


Comment j’ai sauté ma poule de luxe après ses vapeurs


Un beau poulet de plus de deux kilos est arrivé de sa Lozère natale. Voici ses frères :



Lui, désormais, n’a pas que le cou qui soit nu…

Pour changer, j’ai tenté une méthode de cuisson différente de celle de mon pal habituel. J’ai introduit dans son coffre assaisonné de gros sel et de poivre blanc de Penja tout un lot d’herbes fraîches du jardin : thym, serpolet, origan, marjolaine, estragon ainsi que deux feuilles de laurier, des lambeaux de zeste de citron, deux chatons de poivre Timiz pour ajouter ses notes de fumée et de résine et quelques grains de poivre de Cayenne pour relever le tout. Une branche de persil mise en boule bouchait le tout. Après avoir parsemé la peau de sel fin et de plusieurs tours de moulin de poivre rouge, j’ai mis la bête à cuire une heure et demie à la vapeur réglage 100 °C avec à ses côtés le cou et le gésier.

poulet, cuisson vapeur
À toute vapeur…


Le poulet était alors parfaitement mangeable, mais il faut reconnaître que son aspect n’était pas spécialement attirant. Il a donc été doré en l’enfournant sur un plat pour sept huit minutes à 200 °C.
J’en ai profité pour ajouter le foie accompagné du cœur.
Pendant le temps où le poulet reposait sur sa planche en attente de la découpe

poulet, cuisson à la vapeur
Bronzage rapide


j’ai placé le plat en fonte sur une flamme et y ai étendu des asperges vertes qui y ont poursuivi une cuisson jusqu’à l’al dente dans le jus qui s’était écoulé.

poulet à la vapeur, asperges vertes
abats, asperges


La découpe révéla une chair bien blanche, à la fois ferme et juteuse, légèrement parfumée par la farce d’herbes et d’épices. Le passage au four avait permis l’obtention d’une peau croustillante.

poulet, cuisson vapeur
Lozérien pourfendu


En revanche le jus n’était pas du tout agréable en bouche, avec ce côté un peu écœurant que peut avoir la graisse de gallinacés, même quand l’animal de ferme est d’excellente qualité. Les asperges, déjà pas fameuses - elles arrivaient d’Espagne en ayant visiblement emprunté le chemin des écoliers - étaient achevées par ce bain.
Je me suis consolé au dessert avec une compote de pommes agrémentée de découpes de tiges de rhubarbe et d'angélique quant à elles fraichement cueillies au jardin.

compote de pommes, angélique, rhubarbe
Les aventures d'Angélique


On comprendra que dans l’avenir je m’en tiendrai à un rôtissage plus traditionnel…
Finalement, le meilleur dans ce repas, c'était cette touche inattendue d'angélique.
Et quand j’écris ça, je suis sérieux comme un pape.

dimanche 24 mai 2020

Lamb-chop de sa montagne, petits artichauts violets barigoule mais presque

Un plat rustique mais goûteux…

Les pièces de lamb-chop - taillées dans un savoureux agneau du Massif Central -, après avoir été assaisonnées d’une pincée de sel fin, sont simplement posées sur un gril bien chaud barbouillé au pinceau d’un soupçon d’huile d’olive. À la sortie elles reçoivent un tour de moulin de poivre rouge de Kampot.

lamb-shop, agneau du Massif Central
Quand un auvergnat se fait choper...


Les petits artichauts, tournés et partagés en deux, sont blanchis deux minutes dans de l’eau bouillante salée citronnée. Puis ils sont sautés rapidement à la poêle sur un trait d’huile d’olive avant d’y finir à couvert et à feu doux, accompagnés de deux gousses d’ail et parsemés de feuilles de thym, arrosés du jus d’un demi-citron et d’une bonne cuillérée de sauce pimentée basque Sakari. Au bout d’une dizaine de minutes, le couvercle est retiré.

artichaut violet
Artichauts  basco-barigoulais


On peut alors déposer dans l'assiette à côté de l’agneau les artichauts arrosés du jus de fond de poêle.
Puis passer à l'attaque en en se régalant...

Et quoi de mieux qu'une tarte à la rhubarbe du jardin pour clore ce bon repas ?

tarte à la rhubarbe
Par la sorcière de la rhubarbe

Et moi je compte pour du beurre...



mardi 19 mai 2020

Quand un végétarien végète

Quand j’ai voulu transformer en acras le reste de la morue séchée achetée pour le traditionnel gratin du Vendredi saint, je me suis senti fort dépourvu.
En effet depuis plusieurs années j’avais pris l’habitude d’aller cueillir mes piments végétariens sur le pied domestique qui prospérait à côté d’une fenêtre de l’appartement.

piment végétarien
Végétarien du temps jadis


Mais cette année je ne retrouve pas cet arbuste vigoureux en permanence couvert de fleurs et/ou de fruits gorgés de parfum.
Pour tout dire, de la végétation luxuriante ne restent plus que des branches étiques aux feuilles rabougries et sur lesquelles les rarissimes fleurs ne vivent même pas ce que vivent les roses, car elles tombent sur le sol avant même d’être fanées.

piment végétarien
Végétarien déplumé


Situation désolante ! Je ne puis me résoudre à euthanasier ce fidèle compagnon de cuisine - peut-être qu’une coupe vers la base permettrait une pousse de nouvelles branches ? J’ai semé d’autres pieds de cet excellent piment végétarien, mais ils ne sont encore que des bébés à l’avenir incertain…
Alors, en attendant un avenir meilleur, il me faut faire avec les moyens du bord.
J’ai appelé à la rescousse deux bocaux que j’avais dans mes réserves :
l’un contenant une conserve de piment cabri vert de la Réunion à l’huile et au vinaigre



l’autre renfermant du piment habanero des Antilles confit au vinaigre



Mais le piment n’entre pas encore en scène.

Il me faut d’abord pocher la morue mise à dessaler depuis la veille. Je la plonge dans une eau froide que je conduis à frémissement. Je poursuis cette cuisson un quart d’heure durant
Je débarrasse la chair de la peau et des arêtes, aie aie aie, c’est chaud… Puis je hache finement la morue. Bon, découper grossièrement et écraser au mortier, ce serait mieux, mais avec mon petit mortier je ne serais pas près d’avoir fini !

Maintenant je prépare une détrempe - dans une quantité estimée à vue de nez suffisante pour permettre de bien enrober la morue - en délayant la farine avec de l’eau jusqu’à une consistance voisine de la pâte à crêpe. J’y ajoute une pincée de sel et une cuillerée de bicarbonate.

acra
Spatule blanche sur sauce blanche


Je suis décidément fort démuni : je n’ai à ma disposition aucune cive.
Tant pis, je remplacerai ce produit par deux petits oignons blancs nouveaux dont je hache les bulbes et une partie des queues.
Je procède au premier brassage : la morue est mélangée avec l’oignon, la moitié du pot de piment cabri, du poivre rouge moulu, du zeste de citron vert, des feuilles détachées d’une branche de thym frais. Pris de remords pour n’avoir pas utilisé le mortier, j’envisage une méthode de substitution : je sors mon lourd aplatisseur de viande et tente d’écraser la mixture sur le fond de ma bassine en inox. Mais cette procédure se révèle fort peu efficace, même en effectuant des rotations. Peut-être n’ai-je aussi pas laissé cuire la morue assez longtemps, il ne s’agissait pas de servir une belle tranche façon plat portugais accompagnée de pois chiches et d’olives !
J’en étais au vert du cabri, maintenant je passe au rouge… Je fais tomber quelques cuillerées de piment habanero confit. J’ajoute aussi le jus d’un demi-citron jaune.

acra
Tache rouge sur fond blanc


Je mélange encore et verse le contenu de cette bassine dans l’autre bassine, celle qui contient la détrempe de farine. Je brasse bien afin d’incorporer. Voilà, c’est chose faite…

acra
Vallons blancs


La friteuse est allumée depuis quelques minutes, elle a atteint les 170 °C souhaités.
Il ne reste plus qu’à installer la bassine à côté et se munir d’une cuillère à soupe et une petite cuillère destinées à déposer des petites quantités de pâte dans l’huile.

acra
Proximité


Premiers plongeons !

acra
Maintenant ça baigne


Une araignée permet de retourner les beignets qui se sont développés afin de les colorer sur l’autre face, puis de les retirer pour les déposer sur un papier absorbant.

acras
L'araignée aux aguets


Bientôt le plat de service est recouvert d’un petit monticule d’acras bien dorés.

acras
De l'acra en pagaille


La petite escapade vers les Îles va pouvoir commencer.
Un petit verre de ti-punch va permettre de se mettre dans l’ambiance. Toujours aussi démuni, je ne peux toutefois y introduire ma pulpe de fruit de la passion habituelle…

Voyons le résultat de cette recette approximative. C’est bon, certes. La coque croustillante enrobe un intérieur moelleux où la morue est bien présente.

acra
Fond dans la bouche, graisse la main


Mais il me manque le parfum subtil et irremplaçable du piment végétarien. Et, de plus, les autres piments n’ont même pas conféré une vigueur suffisante. C’est de ma faute, j’aurais dû regarder de plus près les caractéristiques de ces bocaux. Si le piment cabri vert montait à la hauteur convenable de 300 000 sur l’échelle de Scoville, la pusillanime Dame Besson avait castré son habanero en le mélangeant avec de la carotte et de l’oignon, abaissant sa force au minable score de 2000. Et dire que je n’avais pas goûté ce bocal, faisant confiance à l’appellation habanero, une variété de piment que je connais bien, alors que j’ai posé une miette de cabri sur ma langue afin de tester la vigueur de ce produit qui m’est moins familier.

Quoi qu’il en soit, cette avalanche d’acras a quand même eu le mérite de convoquer le soleil à ma table…

acra, accra
Sous le soleil couchant

Et pour le dessert j'ai même découvert un pot de confiture de banane qui se planquait dans le placard....

confiture de banane
Ce n'est pas régime...

samedi 16 mai 2020

Une vie de merda

Quand on s'appelle Merda, on naît dans une blette, et non dans un chou.
Ne pas confondre le Merda de la branche niçoise avec le Merda de la branche parisienne qui s’élança vers Robespierre en brandissant un pistolet et en vociférant « Enculé d’t’Arras ! » (pas distingué pour un futur général…) avant de lui exploser la mâchoire.

Républicain à ne pas confondre avec l'aristocrate Merda de Can


Mais revenons aux Merda qui nous intéressent, dont la vie est un court fleuve presque tranquille.
Fruits de l’accouplement de la blette et de la pomme de terre, leur gestation nécessite un processus complexe.
Avant l’accouplement, la blette subit une division poussée.

merda de can
Ici, blette de mon jardin


Puis, tombée après une glissade sur l’huile d’olive, elle perd ses eaux.
De son côté la pomme de terre, après un bon bain dans l’eau chaude ou un passage au sauna, s’écrase lamentablement quand elle voit arriver le pilon.

merda de can
Ici, pomme de terre de je ne sais où


C’est la bonne Maryse qui procède à l’accouchement.

merda de can
Maryse au travail


Pendant son enfance, Merda est nourri d’un œuf et de farine jusqu’à ce que l’on puisse dire :
« Ah enfin, il n’est plus aussi collant, l’âge ingrat est passé, on va enfin pouvoir en faire quelque chose ! »
Ce qu’il ne sait pas, le pôvre, c’est que l’on va le rouler dans la farine…
Bientôt, il se trouve aligné avec ses pairs, obéissant aux ordres d’un petit chef.

merda de can
Suggestion de trompe-l'œil pour Top Chef : ô surprise, ce n'est pas de la...


« Allez, plonge ! C’est chaud, et alors ? Tu n’es pas le premier à subir le baptême du feu ! Mais tu vas remonter maintenant, sombre crétin… Ah, quand même ! Mais tu ne bouges plus. Il s’est noyé, ce Merda de merde. Qu’on lui fasse le bouche-à-bouche ! »
C’est moi qui suis chargé de ce bouche-à-bouche. Mais Merda est mort, définitivement mort, étendu sur la rive !
Oui, il était encore vert sous son camouflage poivre et sel. Oui, il ne s’est jamais éclaté, car c’est une âme fière, et je l’en remercie. Oui, il était pétri de bonnes intentions (les miennes).
Aussi doit-il bénéficier d’une extrême-onction de première classe : du beurre demi-sel fondu parfumé par des feuilles de sauge et de la noix de muscade.
Maintenant il repose au milieu de ses compagnons. Je le recouvre d’un linceul de parmesan.

merda de can
Belle merda


Y a plus qu’à procéder à l’engueulement !


Je me suis régalé de ces gnocchis qui ne seront ainsi pas réservés aux Niçois (qui mal y pense…).
Et parodiant l’ineffable Jacques Bodoin dans son sketch sur la panse de brebis farcie, je puis m’exclamer :
« J’ai craint que ce ne fût pas de la merda. Mais, une fois que je l’ai eue goûtée, je me suis réjoui que ça en soit ! »

vendredi 8 mai 2020

Les sœurs de la côte


Il y a quelque temps, j’avais dégusté une bonne côte de porc Kintoa.
Aujourd’hui, ce sont ses sœurs qui passent à la casserole.
« Comment, à la casserole ?
-  Pas exactement, à la poêle plutôt…
-  Je l’espère bien ; à poêle les sœurs de la côte, à poêle ! »
Il va sans dire que je ne cautionne pas les propos vulgairement machistes du grillon du foyer. On ne pouvait que s’attendre à une telle déplorable attitude de la part d’un bouffeur de mégots du métro parisien. Je suppose cependant que voir tous ses mélodies de virtuose de l’archet égrenées pour charmer sa femelle prises par celle-ci par-dessous la jambe est une constatation qui n’est pas étrangère au développement de sa misogynie. Mais comment pourrait-elle faire autrement, elle qui se trouve avec l’oreille placée sur le tibia ?
Je laisse la bestiole dépressive, mais sexiste, regagner le confinement dont elle n’aurait jamais dû sortir. Est-ce elle que j’entends murmurer :

Dans ma niche creuse,
Ma natte boiteuse
Me tient en prison.
Quand l’insecte rôde,
Comme une émeraude,
Sous le vert gazon,
Moi seul je m’ennuie ;
Un mur, noir de suie,
Est mon horizon.
?

Non, bien sûr… Théophile Gauthier, sors de cette bête quand il est encore temps !

Je reprends le déroulement de mon plat. Zou, à poêle les sœurs !
Pour les personnes intéressées voici la recette :

La côte a la cote

- côtes de Kintoa : 3 unités
- sel : qsp
- beurre : 0 gramme
- huile : 0 centilitre
- poivre : 0 gramme
- autre chose : 0 gramme 

feu fort, temps : qsp


Le résultat est parfait. 

côtes de porc, Kintoa
Mes belles sœurs


Il convient quand même de préciser : une poêle, une poêle, mais une en acier !

Reste à définir le comité d’accueil de ces sœurs bien dorées.
Eh bien ce sera une sorte de coleslaw réalisé avec de la choucroute crue (faut bien l’écouler, et son acidité fera merveille en contrepoint du gras ambiant), quelques carottes râpées et deux oignons blancs nouveaux ciselés. Le mélange est assaisonné d’huile vierge de colza, de vinaigre Melfor et de moutarde à l’ancienne.

coleslaw
Les sœurs vont danser le coleslaw


Y a plus qu’à prendre ces sœurs de la côte à l’abordage en brandissant nos coutelas.

mercredi 6 mai 2020

Croque-complet au blé noir

Par curiosité j’avais acheté ce sac de farine pour pains spéciaux comportant 27 % de sarrasin breton et des cosses de sarrasin.

Breizhic
Chaudé devant !


Eh bien nous avons été conquis après la dégustation du premier pain façonné avec ce Breizhic. La texture en était agréable, mais surtout chaque tranche dégageait des fragrances de blé noir qui évoquaient celles d’une galette soulevée d’un billig par une bigoudène armée de sa spatule.

Vu sur Ouest-France


Ce rappel ne pouvait que m’inspirer une idée de fusion galette/croque-monsieur qui m’a conduit à réaliser ce

CROQUE-COMPLET AU BLÉ NOIR


Je commence par pétrir la pâte dans la cuve de mon batteur mélangeur.

Breizhic
Sarrasin dans le pétrin


Je la verse dans un moule rectangulaire et l’enfourne, après une pousse d’une heure, pour un quart d’heure à 240 °C et un autre quart d’heure à 180 °C.
Je démoule après refroidissement un beau pain dont l’odeur met déjà en appétit…

Pain Breizhic
Parallélépipède sur cercles


J’utilise la trancheuse pour obtenir des découpes régulières d’épaisseurs égales.

pain Breizhic
Belles ttranches


Je fais fondre au fond d’une poêle une grosse noix de beurre doux additionnée d’une autre de beurre demi-sel (le beurre demi-sel a tendance à noircir trop rapidement quand il est seul). J’y plonge mes tranches de pain pour les dorer sur les deux faces.

Breizhic, croque-monsieur
Du beurre, toujours du beurre..


J’avais préparé une sorte de crème en faisant fondre 150 g environ d’un emmental du Jura que je venais de râper dans une béchamel légère réalisée avec une petite noix de beurre, une demi-cuillerée de farine et un verre de lait. Je l’avais rehaussée de muscade et force poivre…

emmental, croque-monsieur
Sur les vallées de l'Emmental


Je tartine 4 tranches de pain avec la moitié de cette mixture.

croque-monsieur, sarrasin
J'en fais des tartines


Je recouvre de tranches de jambon de Paris pliées à la dimension de leur support.

Bon Paris, jambon
Tapis, tapis rose


Que l’on me permette un coup de gueule contre les malfaisants qui osent vendre le lamentable produit charcutier que malencontreusement j’ai introduit dans mon plat. Ce jambon insipide, ensaché sous forme de minces tranches dont l’épaisseur n’a vraisemblablement été choisie que pour rendre supportable le passage à la caisse, est une offense au bien manger sous son appellation hypocrite. Dire que ce Bon Paris à l’étouffée conservation sans nitrite - puisque tel est son nom - usiné par Herta à partir de porcs d’origine France et/ou Espagne (que signifie ce et, le porc jouirait-il d'une double nationalité façon Manuel Valls ou bien serait-ce par ce que dans les tranches coexisteraient pacifiquement des morceaux ibères et gaulois ?), dire donc, je reprends le fil, j'espère que vous suivez, dire donc que ce Bueno Paris m’a été vendu au prix de 21,36 € le kilo, alors que quelques jours auparavant je me régalais d’un jambon de porc local braisé par un artisan alsacien pour le coût nettement plus faramineux, noblesse oblige, de 21,60 € le kilo !

Bon, ça y est, j’ai roulé le tapis rose. Je recouvre d’une nouvelle tranche de pain Breizhic dorée dans le beurre. Je tartine du reste de crème d’emmental et appose des tranches fines de ce même fromage que je surmonte d’une noisette de beurre.

croque-monsieur, galette complète, Breizhic
Les tours infernales


Et oust, le plat en inox sur lequel sont posés ces échafaudages est enfourné pour cinq minutes à 180 °C. Je termine en allumant le gril afin de dorer ces croque-complets.
Complets, ils ne le sont d’ailleurs pas encore, car il me faut rajouter un œuf cuit dans une poêle à blini sur chaque assiette pour retrouver les traceurs de la galette complète…


croque-monsieur au blé noir
Quand les deux complètes se partagent  leur moitié pour devenir croque-madame



croque-monsieur, complète sarrasin
Quand un oeuf est bigame


Que dire, sinon que ce plat tient sa promesse.
Il ne restera plus qu’à le refaire en utilisant un jambon de qualité pour qu’il soit encore meilleur.

mardi 5 mai 2020

Lécher sans cesse la sauce sèche sans s’en lasser

Il vaudrait mieux parfois se documenter avant de passer à l’action.
Attiré par leur aspect et leur appellation princière, j’avais incarcéré des pâtes Zita dans mon placard.



Le jour était arrivé d’en libérer une poignée pour un repas du soir.
Bof, me dis-je, il s’agit en quelque sorte d’un croisement entre macaroni et spaghetti, no problemo pour la cuisson…
Je mets donc à bouillir une bonne quantité d’eau dans une grande casserole, je la sale suivant la règle d’or 10 grammes pour 1 litre (à pesée de pif…).  Quand la tempête se lève sur cette petite mer intérieure, je la joue à la spaghetti : je me saisis de la susdite poignée de pâtes pour la lâcher en éventail au milieu des flots tourmentés. Je sais bien que la cuisson ne commencera que sur la longueur immergée, mais un assouplissement rapide me permettra d’enfoncer le reste sous l’eau.

Las, ça ne se déroule pas comme prévu ! Zita n’a pas la minceur d’un spaghetti, c’est une dure à cuire. Le ramollissement se fait attendre, et, pire, la casserole est hérissée sur ses bords de tuyaux rigides qui servent d’exutoire à l’eau bouillante. Une nouvelle fontaine est née à Versailles !



Horreur, ses jets inondent le dessus du fourneau et même le carrelage de la cuisine. Il me faut poursuivre à petit feu jusqu’au moment où je puis enfin faire plier Zita… Au bout de sept minutes, je goûte : parfait, à la limite de l’al dente. C’est ce que je voulais pour mon projet.

Néanmoins, il n’aurait pas été inutile de lire ce texte figurant sur le site du fabricant :
Dans le Sud de l’Italie le mot "Zita" indique la mariée, c’est pour cette raison que ce format est traditionnellement associé aux mariages et représente le protagoniste du festin.
La tradition veut que la Zita, caractérisée par une épaisseur et une rugosité importantes, soit coupée à la main en morceaux irréguliers avant d’être mise dans la casserole pour la cuisson.

Je n’en poursuis pas moins la réalisation du plat que j’avais en tête.
Avant la cuisson partielle des pâtes, j’avais fait blondir au fond d’une poêle dans un bond trait d’huile d’olive une poignée de gousses d’ail dégermées et laissé infuser.
Je remets cette poêle sur le feu et y verse les pâtes en les arrosant de trois louches d’eau de cuisson.
J’avais aussi haché trois branches de persil et un zeste de citron. J’en jette la moitié dans la poêle et je remue le tout.
Quand presque toute l’eau est évaporée, j’éteins le feu et je fais tomber de fines lamelles de poutargue. Je donne un tour de moulin de poivre rouge. Je brasse afin que Zita soit enrobée de cette sauce sèche qui est un concentré de parfums.
Je termine en recouvrant du reste de persil et de zeste de citron.

pâtes Zita
Et dire qu'il y en a pas loin de cinq mètres....


À table !!!

Bof, me dis-je, ce ne fut pas chose aisée que cette préparation, il y a aussi de l’éponge et de la wassingue dans l’air, mais nous allons nous régaler.

Las, ça ne se déroule pas comme prévu ! Zita n’a pas la minceur d’un spaghetti…
Nous nous régalons, certes, mais Zita ne se laisse pas enrouler autour d’une fourchette.
Dieu merci, la sauce est sèche, ce qui facilite la manœuvre, mais pas d’autre solution que de se servir d’un couteau pour obtenir des longueurs manipulables - à moins de la jouer à l’asiatique



ce qui n’est peut-être même pas viable, l’aérophagie du sujet étant plus probable avec un tel tuyau que le patinage lingual de l’aliment.

Ben oui, c’est avant que j’aurais dû couper…

dimanche 3 mai 2020

Panique chez les habits verts

Les asperges étaient vertes : elles avaient entendu dire que les œufs étaient brouillés et qu’en ce qui concerne le parmesan, c’était râpé.
Prises d’une profonde déprime, elles allaient se jeter à l’eau.
Heureusement j’étais là. J’ai empêché ce geste suicidaire in extremis.
Je leur ai suggéré une butyrothérapie moussante qui n’a eu besoin que de quelques secondes pour les requinquer.
Contrairement à ce qu'elles croyaient, les quatre œufs ne s’étaient pas encore brouillés entre eux, ils attendaient enfermés dans une boîte. J’ai entrebâillé l’ouverture. L’un d’œufs m’a interpellé :
« Alors, quand est-ce qu’on se casse ? »
« Tout de suite ! » lui ai-je répondu en le fracassant sur la table.
« Tu aurais mieux fait de te taire, crétin.
-J’me doutais bien que l’on n’était pas de la même poule…
-Ça t’va bien, toi qui es tout blanc de coquille… »
Quitte à être brouillés, autant qu’ils le soient pour la bonne cause. Je les ai fait tomber sur les asperges, et j’ai remué, remué, maryse, jusqu’à ce qu’ils prennent. Autant dire que les asperges étaient épatées : après mes soins, les œufs ne faisaient plus qu’un. « On peut même dire que c’est la crème des œufs » s’attendrit un turion…
J’ai pour la dernière fois écarté la poêle de la petite flamme.
Quand j’ai ajouté d’un ton solennel « Et voici le Parmesan ! » les asperges ont levé la tête. J’ai ajouté : « Ce ne sera pas râpé… ». J’ai tenu ma promesse, je me suis contenté de prélever de fines lamelles qui sont descendues en tourbillonnant comme des feuilles mortes sur les œufs brouillés réconciliés et les asperges dépressives rassérénées.
« Désolé tout le monde, mais vous allez passer une minute dans le noir. »
Quand je retirai le couvercle, les lamelles étaient devenues des pellicules opalescentes qui nimbaient quelques têtes.

oeufs brouillés, asperges vertes, parmesan
Ni vu ni connu, j't'embrouille !


« Au secours, des fantômes ! » glapissaient les asperges, cette fois-ci vertes de peur.
À désespérer… Là, je ne pouvais plus rien faire pour elles.

Sinon les manger.

vendredi 1 mai 2020

De porc en porc

J’ai quitté le porc alsacien. Et je suis arrivé encore une fois à bon porc…
Cette fois-ci, je me trouve en Pays Basque.

Me voici donc en train de me préparer à poser sur le gril deux belles côtes de porc de la race Kintoa, à l’abondante graisse soyeuse à la fois ferme et fondante.

côte de porc, Kintoa
La côte est belle


Cependant je dois commencer par concocter l’accompagnement de cette viande. Ce sera un gratin de bettes du jardin. La veille j’en ai prélevé les côtes que j’ai dû débarrasser de leurs fils coriaces, particulièrement abondants en raison du retard pris pour la récolte et l’absence d’arrosage dont elles furent victimes. Découpées en petits rectangles, je les ai blanchies une minute dans l’eau bouillante salée avant de les réserver.

Je taille une bonne tranche dans un fromage de brebis. Quelle heureuse coïncidence, il est basque lui aussi !

fromage de brebis basque, Sohardi
Bien entamé...


J’en tire huit fines lamelles et le reste est débité en petits cubes
Je prépare une béchamel dans laquelle je fais fondre ces cubes et relève de quelques tours de moulin de poivre rouge et de noix de muscade. J’obtiens une sauce crémeuse et parfumée.
J’enduis de beurre les parois de deux petits plats en alu avant d’y étendre une couche de ma préparation fromagère que je recouvre de mes petits rectangles de bette.

gratin de bettes
Lit de bettes


Je poursuis en versant le reste de la sauce. Je termine en allongeant les lamelles de fromage de brebis que je parsème de pas mal de poivre, d’un soupçon de noix de muscade et des feuilles tombées d’une branche de thym frottée entre les mains.

gratin de bettes, fromage de brebis
Les lattes pour finir le lit ?


Et zou, au four pour un quart d’heure. Les plats en sortent cuits, mais pas vraiment dorés. Ce sera pour plus tard, au moment de servir.

L’heure du repas est arrivée. J’ai placé un petit gril sur un feu vif. Quand il est bien chaud j’y étends les côtes de porc simplement salées - je ne veux pas dénaturer ce bon produit. Je les retire une fois dorées puis laissées quelques minutes sur le gril feu éteint, afin que l’inertie de la fonte épaisse continue à dispenser de la chaleur vers le cœur afin d’obtenir une chair juteuse, presque rosée.
Quand le toucher de la viande semble m’indiquer que la cuisson a été menée à bien, je passe au dressage.
J’ai choisi deux ardoises pour y coucher les côtes de porc Kintoa que je barbouille dans un coin de sauce Sakari.



Je viens de passer les plats sous le gril du four pendant deux minutes.
Ils atterrissent à côté des côtes sur les ardoises. Enfin je fais tomber quelques feuilles de roquette qui apporteront à la fois une touche verte au visuel et des notes d’amertume agréables en contrepoint de la rondeur des gratins.

côte de porc, kintoa, gratin de bettes
Fréquentons le gratin !


Eh bien oui, ce porc mérite bien que l’on aborde sa côte !