lundi 26 octobre 2020

Promenons nous dans les bois

 

Promenons-nous dans les bois

Pour voir si le cèpe n’y est pas

Si le cèpe y était

Je le mangerais

Mais comme il n’y est pas

Je ne le mangerai pas

 

Mais que si, je le mangerai, et avec un bon saucisson au fromage de Laguiole, qui plus est !

 

Promenons-nous au marché

Pour voir si le cèpe n’y est pas

Si le cèpe y est

Je le mangerai

Et comme il y est bien

Pas besoin des bois


cèpes
Une persillade, mais en délicatesse

saucisse au Laguiole
Laguiole de l'emploi


 

 

Et puisque dans le petit bois derrière chez moi, champignons : nada…

 

Promenons-nous au marché

Pour voir si la coulemelle n’y est pas

Si la coulemelle y est

Je la mangerai

Et comme elle y est bien

Je m’en régalerai

  

Coulemelle y es-tu ?

Que fais-tu ?

Entends-tu ?

 

Je mets ma collerette

Je mets mon chapeau

 

Je prends mon cabas

J’arrive

 

Vite, vite à la maison

À la maison, vite, vite

Nous la cuisinerons


coulemelle
Chapeau



coulemelle
La lépiote a perdu de sa hauteur


coulemelle, oeuf sur le plat
De quoi en faire un plat



vendredi 23 octobre 2020

Mezzé aisé

Ayant entendu dans un reportage chez les frères Tutunjian, artisans producteurs de mes makaneks préférées, l’un d’eux s’insurger contre les malfaisants qui font revenir ces saucisses sur un fond d’huile, je me suis senti honteux et confus. En effet j’ai l’habitude d’oindre la poêle dans laquelle je mets à griller ces délices libanais d’un filet d’huile d’olive, certes minimaliste, mais, je venais de l’apprendre, fort inopportun. Il convenait de battre ma coulpe quand elle était chaude. J’ai aussitôt procédé à l’acquisition d’un lot de charcuterie réparatrice apte à me ramener dans le droit chemin.


Mes makaneks sont arrivées, accompagnées de quelques fromages libanais.

Ce soir, donc, mezzé !

Mais comme je suis un peu flemmard, cette fois-ci je ne me lancerai pas dans la confection du taboulé et encore moins du houmos. Il y a, abrité sous les halles locales, un traiteur dont les réalisations sont tout à fait convenables.

Je ne dispose pas de la vaisselle spécialisée. 


Aussi c’est dans des coupes en porcelaine blanche que je déverse le contenu des barquettes que je rehausse au besoin d’un peu d’huile d’olive, pas du Liban, désormais introuvable, mais de Provence.

Il y a donc :

le taboulé

taboulé
Le vert du décor

le houmos

houmos
Calmos sur l'houmos !

le labneh

labnehavec des points de menthe
Blanc sur blanc

les olives vertes

olives
Re vert


Puis je dépose - À SEC ! - les makaneks sur la poêle bien chaude.

makanek
Bien à sec

Quand elles sont dorées sur toutes les faces, je verse le jus d’un citron et je laisse déglacer et réduire quelques dizaines de secondes. Il ne me reste plus qu’à les verser dans un plat chaud, hésitant à arroser d’un trait de mélasse de grenade, y renonçant car je préfère aujourd’hui les apprécier sans atours aguichants, en toute simplicité.

mekanek
Mekaneks en vrac

Dans une autre poêle, ce sont les tranches de halloumi que je mets à griller, elles aussi à sec - mais là, c’est ce que j’ai toujours fait.

Je dépose ma découpe d’halloumi sur une assiette une fois obtenue la croûte légèrement calcinée dont le crissement sous la dent m’emplit d’un plaisir analogue à celui que me procure (ou plutôt me procurait) la coupole ébène qui recouvre les tourteaux fromagers poitevins (ou plutôt qui les recouvrait jadis, car les touristes ennemis aussi bien du chant du coq que de celui du tourteau mordu ont incité les producteurs mercantiles à concocter une pâtisserie châtrée…). 

halloumi
J'ai allumé sous l'halloumi


Mais je m’égare, revenons au Liban.

Je m’empresse de réchauffer des pains libanais au micro-ondes dans leur sachet laissé fermé afin que les pièces conservent leur humidité.

pain libanais
Chauds pains


Bien entendu, pour arroser ce repas, l’ouverture d’une bouteille d’arak Château Kefraya s'impose.



Je n’irai pas jusqu’à remplacer le verre terminé par son frère immaculé pour me resservir comme le faisait mon restaurant libanais parisien préféré afin qu’un reste de glaçon ne vienne agresser la transparente liqueur avant qu’elle ne soit étendue d’eau fraîche, mais ce n’est pas sans regretter en mon for intérieur ce laisser-aller domestique où se conjuguent la paresse et le sous-équipement en verrerie…

Pour conclure, en l’absence de pâtisseries et n’ayant plus de glaces en stock, nous nous contenterons d’une savoureuse confiture de fraises parfumée aux pétales de roses.



confiture, fraise et pétales de rose
Ramener sa fraise et être envoyé sur les roses


Il reste cependant une petite amertume après ce repas : il est bien facile en Ile-de-France de jouir paisiblement de ce bon côté du Liban. Aujourd’hui, c’est meilleur que là-bas, hélas…


jeudi 22 octobre 2020

Châtaignes contre Châtaignes

 

CHÂTAIGNES un test de 

(60 MILLIONS DE CONSOMMATEURS / 3 ) X 10-7 ©


1- Châtaignes ramassées dans les bois.    Note : 18/20

Extrêmement goûteuses et sucrées. Un régal ! De rares véreuses détectées avant la cuisson.

châtaignes
L'appel de la forêt


 

2- Châtaignes de l’Ardèche du marché.   Note : 15/20

Bien plus grosses, mais fades. De plus, quelques-unes à la chair noirâtre

châtaignes
Le cri du marchand


 

Protocole :

Les châtaignes, fendues à l’aide d’un couteau bec d’oiseau, ont été cuites à l’aide du Tostacastagne Ferraboli.

châtaigne
La chaleur du foyer


En contrepoint de la dégustation, des tranches découpées dans une épaule de Pata Negra Bellota - le gland va à la rencontre de la châtaigne.

Pata negra bellota
Lame vagabonde


épaule, pata negra, bellota
Tranché


Et vraiment cette alliance, c’est le pied !

pata negra, épaule, sabot
Vol au-dessus d'un nid d'Ibérique




mardi 20 octobre 2020

Bacon m'a dit

 Je déballe mon paquet d’Unsmoked Back Bacon Sliced.



Je considère avec perplexité ces tranches, me souvenant de ma précédente autocritique :

…un bon bacon que j’aurais peut-être dû laisser cuire encore plus longtemps afin de le rendre très croustillant !

« Mon vieux, j’espère que ça se passera mieux… Car à notre dernière rencontre, y avait du mou dans le breakfast, hein, mon fier highlander ramollo de la tranche. »

C’est alors qu’une voix à l’accent britannique s’élève dans le silence de la cuisine à peine troublé par le ronronnement de la hotte.

« Améliore le présent sans faire la satire du passé »

Bacon me parle ! Je suis un tantinet inquiet, ce n’est pas tous les jours que l’on dialogue avec un tel personnage, serai-je à la hauteur ? Mais il a deviné mon angoisse…

« Le doute est l’école de la vérité », enchaîne-t-il, sentencieux.

Tout cela est bien beau, cependant moi, tout ce que j’espère, c’est réussir ma cuisson !

« L’espoir est un bon déjeuner, mais un mauvais dîner »

Je ne sais pas vraiment comment procéder pour obtenir une tranche croustillante et pas desséchée pour autant, je ne veux pas obtenir du carton. Un digne Anglais aurait peut-être la réponse ?

« Celui qui dit ce qu’il sait dit aussi ce qu’il ignore »

Ah oui, c’est bien avec ce genre de réflexions que je vais avancer ! Mais foin de billevesées, il me faut maintenant passer à l’acte. Déjà, ma cuisson sera plus longue, mais est-ce que ce sera suffisant ?

« Il est plus sage de changer beaucoup de choses qu’une seule »

T’as pas tort, Francis, d'ailleurs je pense à deux autres modifications : les tranches seront cuites à sec, à même la poêle, et cette dernière finira dans le four quelques minutes à 200 °C.

J’étends mon bacon au fond d’une poêle que je m‘apprête à poser sur un brûleur qui s’épanouit déjà en une vaste fleur bleuâtre au cœur cuivré. Et ça chauffe, ça chauffe !

« Attendons un peu pour finir plus vite »

Ouais ouais, tu te crois malin, mon gros bêta Bacon, mais tu ne réussiras pas à m’abuser avec tes pauvres manœuvres dilatoires. Allez zou, sur le feu ! Les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.

« La plaisanterie sert souvent de véhicule à la vérité »

Eh bien, roule ma poule...

Sur ce, l’âme de Francis Bacon s’envole de la poêle au milieu de la vapeur pour regagner les limbes qu’elle n’aurait jamais dû quitter.

Les tranches commencent à se recroqueviller, le passage au four croûte leur surface.

Bacon
Bacon va se mettre à table


À leur sortie, elles m’invitent à aller me faire cuire un œuf, et même deux car nous allons jouer au breakfast à quatre mains.

bacon, oeuf au plat, chips
L'un des deux d'oeufs


J'ai ajouté à la panoplie quelques poignées de chips sorties d’un paquet emballé par un adepte de l’art pompier. 



Ces vaillants éteigneurs de feu se révèlent d’ailleurs bien inutiles en cette occasion, car ils n’ont pas à grimper bien haut sur l’échelle de Scoville… Je me prends à regretter de ne pas avoir eu dans mes réserves des chips parfumées au vinaigre, bien mieux adaptées.

Mais j'accepte ce mécompte avec philosophie… Quand on a discuté avec Francis bacon !


samedi 17 octobre 2020

Retour de frimas et re-porc

Avec l’arrivée du froid, une bonne partie des piments du jardin ont regagné l’appartement, maternité où ils étaient éclos il y a plusieurs mois dans une mini-serre chauffée et éclairée.

piments
Planche de piments

Certains sous forme de cueillette dont une bonne partie a été rassemblée en tresses destinées à passer au déshydrateur : piments de graines venues de la Réunion de variétés diverses telles que Martin, Achard et de Malaisie, ainsi qu’un piment que j’oserai qualifier de proximité, car provenant du Potager du Roi. 

piments
Piments en des tresses



Mais encore des pieds extraits des plates-bandes et rempotés pour vivre désormais une vie recluse à côté d’une fenêtre et d’un radiateur : piments Oiseau et Cabri eux aussi issus de graines réunionnaises, sans oublier un pied de piment végétarien obtenu à partir de graines de la maison Baumaux, et destiné à remplacer le pied hélas mort de vieillesse qui nous avait approvisionnés et régalés pendant plusieurs années.


piment oiseau
Oiseaux perchés



piment cabri
Cabri qui ne saute pas



piment végétarien
La fleur du végétarien


Pour fêter cette arrivée j’ai sorti une côte de porc basque Ibamaîa, bien pourvu en graisse 

côte d'Ibamaïa
Ibamaïa, le retour



- mais tout de même plus raisonnablement que celle que j’avais cuisinée fin août… 


J’ai servi à ses côtés un plat de légumes pimenté : une giraumonade.


Côté porc, je fais dorer légèrement ma côte assaisonnée généreusement de cristaux de sel de Maldon sur toutes ses faces au fond de ma cocotte en fonte sur une minimaliste goutte d’huile : en effet la viande rendra rapidement suffisamment de gras pour ne pas attacher. Puis je verse un petit verre de genièvre de Houlle, non sans avoir vérifié par l’ingestion d’un tout petit verre de dégustation l’adéquation du produit avec mon projet. Il faut savoir donner de son corps pour parfaire une recette ! 

J’approche la flamme d’une allumette. Flambe bien, mon cochon !

Je fais tomber au fond de la cocotte un oignon rouge partagé en quatre, trois gousses d’ail violet nouveau, une feuille de laurier, un brin de persil, une petite branche de sauge, une autre de thym. Je sème une pincée de grains de poivre de Voatsiperifery. J’ajoute un chaton de poivre long et chasse le vieux chat, en pension pour quelques jours mais toujours là, de la cuisine où il traîne, même pas par l’odeur alléché. J’arrose d’un verre d’eau, coiffe la cocotte de son couvercle et enfourne à 110 °C.

Au bout de quarante-cinq minutes, je sors la cocotte du four qu’elle réintègre après que j’ai retourné la côte d’Ibamaïa et ranimé le jus commençant à caraméliser d’un nouveau verre d’eau. Encore trois quarts d’heure, et la cuisson devrait être achevée. Deux piments Martin me font de l’œil, je ne résiste pas à l’envie de les intégrer à ma recette. Et zou, dans la cocotte… Roule, mon cochon !

J’ai donc largement le temps de préparer la giraumonade, un plat que cuisinait souvent ma tante guadeloupéenne.

Ce sera d’ailleurs plutôt une pâtissonade, car pour une raison inconnue, tout au moins par moi, piètre jardinier, les pieds semés n’ont pas poussé dans le jardin, pas plus que ceux de potirons Bleus du Poitou qui avaient pourtant donné lieu à une magnifique récolte l’année précédente.

La première étape est la plus pénible. Éplucher ces légumes contorsionnés est une entreprise malaisée, et il me prend souvent l’envie de jeter ces bonnets d’électeur par-dessus les moulins… 

Enfin, voici, la corvée est terminée. Je découpe en gros dés que je verse dans une casserole où j’ai versé une cuillerée d’huile d’olive et un verre d’eau. Je complète de trois gousses d’ail émincées, une feuille de laurier et une pincée de sel fin. Comme décidément je manque de l’indispensable pour la vraie giraumonade, je replace la cive par un petit oignon blanc nouveau haché et ses tendres tiges vertes centrales ciselée. Il me vient à l’esprit que je dispose d’un petit flacon de vinaigre antillais parfumé à la cive. Si je n’ai pas la plante, j’aurai au moins son fantôme… Pas de piment végétarien non plus, il est en fleurs mais n’a pas encore produit : je hache grossièrement un piment Cabri et un piment Martin…

Je place sur une flamme moyenne en tournant régulièrement jusqu’à ce que cette résistante cucurbitacée s’attendrisse et consente à s’écraser sous ma fourchette.

Il est bien trop tôt avant la fin de cuisson de ma côte quand je puis emplir un plat de faïence blanche avec ma préparation. Mais le four est à température suffisamment basse pour que j’y puisse enfermer ce plat qui continuera à y perdre de son eau, ce qui ne sera pas plus mal.

giraumonade
Giraumonade version pâtissonade


Bip, bip, bib… C’est le moment de sortir la cocotte de sa prison.

Je décoiffe, la cuisson me semble convenable : en posant mon index la chair résiste, mais sans excès. Au fond du récipient frémit un jus mordoré qui dégage d’appétissants effluves.

côte de porc, Ibamaîa
La vérité au fond de la cocotte


Il ne me reste plus qu’à poser la côte de porc Ibamaïa sur la planche, puis la découper avant le dressage final.

côte de porc
Vraiment beau

J’arrose la viande du jus de cuisson, n’oublie pas de récupérer la gousse d’ail confite et d’allonger le rouge piment (dont j’ai vérifié d’une dent prudente sur une petite découpe la comestibilité après mijotage) sur le vert tendre du pâtisson écrasé parsemé d’éclats d’ail.

côte de porc Ibamaîa, giraumonade
J'ai tranché. La vérité : c'est que cette assiette est excellente !

Ben t’es bien bon, mon cochon !






mardi 13 octobre 2020

Je ne perds pas le Nord - presque pas...

 

Retour vers le Nord.

Ma boussole me dirige vers un maroilles qui patiente depuis quelques jours non pas dans un froid polaire mais au sommet du Mont Frigo. Il est fort heureusement plus affiné que son compagnon de voyage : le vieux-lille pas si viocque que ça…

maroilles, goyère
Maroilles à l'apparence mariolle


Il me semble parfait pour participer à la confection d’une goyère.


La première étape réside dans le pétrissage rapide du bout des doigts d’une pâte brisée : 200 g de farine T55, 100 g de beurre de Surgères et une cuillerée de vinaigre. La pâte boulée et filmée est mise à reposer au frais.


Puis, une heure avant de passer à table, le moment est venu de passer à la réalisation de l’appareil qui recouvrira cette tarte au maroilles.

J’avoue que je vais fonctionner plus ou moins au pifomètre. Je prends un petit moins du tiers d’une barquette de fromage blanc non battu emplie par le fromager, ce qui devrait faire entre les 250 g et 300 g que je verse dans une bassine. J’y incorpore au fouet 4 cuillérées à soupe bombées de farine.

Je clarifie un œuf. Le jaune rejoint mon mélange que je continue à battre. Quelques instants plus tard, j’obtiens une crème uniforme en consistance et en couleur. Dans un cul-de-poule je monte en neige le blanc que j’y avais jeté.

J’assaisonne ma mixture d’une pincée de sel, de force tours de moulin de poivre rouge, d’un soupçon de noix de muscade râpé. Pour finir j’introduis précautionneusement mon blanc en neige au sein de mon appareil : ça y est, il est prêt à être versé…

goyère
Dans le plus simple appareil


Mais pas tout de suite !

ll me faut d’abord étendre la pâte brisée, en garnir le moule à tarte et la piquer avec les pointes d’une fourchette.

Je déshabille le maroilles, le pose sur une planche et découpe en tranches d’environ 8 mm d’épaisseur que je dépose au fond du moule jusqu’à ce que la majorité du fond du moule en soit tapissée. 

goyère
Pavé de maroilles et de bonnes intentions

Cette opération terminée, il reste un bon tiers du maroilles qui va rejoindre dans les frimas son copain lillois lui aussi amputé.

Je verse l’appareil qui vient recouvrir les morceaux de fromage. J’enfourne à 180 °C pour une quarantaine de minutes.

Au bout d’une demi-heure, ouvrant le four, je constate que la surface est déjà bien dorée et recouvre ma goyère d’une feuille d’alu protectrice.

Quand je sors cette tarte fromagère, elle est bien gonflée comme un soufflé.

goyère
Sortie du four


Néanmoins elle ne tardera pas à jouer moins les enflures quand je l’apporte sur la table.


goyère
Goyère moins mariolle


Elle n’en aura pas pour autant perdu sa bonne mine quand elle reposera à côté d’une salade bien croquante de sucrine parfumée de vinaigre de Maury, d’huile d’olive de Provence et de feuilles de pimprenelle.

goyère, tarte au maroilles
Confrontation Nord Sud


Ben oui, là, j’ai perdu le Nord. Pas chic pour les chicons !




dimanche 11 octobre 2020

Ça se trouve dans l’haddock

 Autres pays, autres mœurs…

Le haddock en est un bon exemple.

Déjà, en notre douce France, ce produit s’abrite derrière un pseudo. Le saumon fumé, lui, assume sa poissonitude : ouais, je suis un saumon, fumé, certes, mais saumon quand même. Alors que notre aiglefin fumé se comporte en aigrefin : moi, une de ces bestioles bourrées d’arêtes qui vivent dans la mer ? certes non, je m’appelle haddock. Hypocrite, notre haddock national dissimile sa chair blanchâtre en se faisant faire une teinture. Un bon coup de rocou, et hop, je me roussifie, me pare d’une attirante teinte chaude.

Au Royaume Uni, le produit ne renie pas son origine. Il fut aiglefin, il devient aiglefin fumé. Haddock, puis smoked haddock après passage au fumoir… Et surtout, même si désormais il se pare trop souvent d’une couleur jaune obtenue en le curcumisant - en particulier sur les étals de supermarché - il reste encore, surtout en Écosse, un smoked haddock fier de sa pâleur. Haddie fait de la résistance…


Heureusement, un excellent saurisseur de Boulogne vient de créer une version de haddock privée de sa coloration superfétatoire. Enfin le Gaulois pourra claironner : coucou roucou, t’es plus là !


En Belgique, c’est une autre histoire. Le haddock se dissimule souvent sous une cape bleue.


Je ne m’attarderai pas sur le haddock vert, une version qui demeure anecdotique…



Mais foin de considérations sur les goûts et les couleurs…

Ce jour, ce sont deux filets de smoked haddock fumé sur des copeaux de chêne dans un petit fumoir artisanal sur la côte nord-est de l’Écosse que je dois cuisiner. Bien entendu ils ne sont pas teints.

Je recherche une recette écossaise digne de ce produit que je qualifierais de noble si ce terme n’était pas autant galvaudé. Je ne manque pas de me tourner vers l’opuscule rédigé par Anne Wilson, et j’y trouve mon bonheur : une recette intitulée Finnan Haddie.

J’émince deux oignons, ce seront pour moi des oignons doux des Cévennes, pas très écossais, mais dont je pense que leur petite sucrosité ajoutera un plus. Je découpe le haddock, deux filets d’environ 250 g chacun, en gros dès.

Je transfère oignon et poisson fumé au fond d’une casserole.

haddock, finnan haddie
De l'oignon sous l'haddock


Je mélange une grosse cuillerée de moutarde forte avec 40 cl de lait - ce devrait être de la graine de moutarde écrasée, mais je n’en ai plus sous la main… Je verse ce liquide dans la casserole et donne plusieurs tours de moulin de poivre noir.

smoked haddock, finnan haddie
Aiglefin dans un océan de lait

Je porte lentement à ébullition à couvert et poursuis 5 minutes toujours sous le couvercle., que je retire pour continuer le mijotage pendant 5 nouvelles minutes.

J'extrais alors à l’aide d’une araignée les morceaux de haddock pour les étendre dans un plat de service en céramique que je garde au chaud dans le four réglé à 60 °C.

Je laisse encore mijoter le liquide de la casserole durant 5 minutes, tout en tournant afin que ça n’attache pas. Je confectionne un beurre manié avec deux cuillerées de farine et 20 g de beurre. Je l’incorpore à la sauce, puis ajoute un petit oignon banc nouveau haché et une cuillerée de ciboulette ciselée. Je remets sur le feu et laisse la sauce épaissir.

Je sors le plat du four et arrose le haddock de cette sauce.

haddock, finnan haddie
Finnan Haddie



C’est succulent ! Mais que l’on ne s’y trompe point. Je n’en renie pas pour autant mon brave haddock franchouillard déteignant dans le beurre fondu et le jus de citron sous sa parure de câpres…
C’est simplement que l’ennui naît de l’uniformité… Alors, de temps à autre, il faut aller voir ailleurs.