mardi 12 juin 2018

Quand passent les cerises


Que d’eau, que d’eau.
Cette année les cerises de notre arbre vénérable ont duré ce que durent les roses. Peut-être aurions-nous dû suivre l’exemple des merles qui s’en sont goinfrés avant qu’elles ne deviennent vraiment rouges.
Nous avons eu tout juste le temps d’en décrocher quelques-unes en passant entre deux averses pour trois ou quatre dégustations impromptues et de pratiquer une cueillette pour la réalisation d’un clafoutis.
Le lendemain, tous les fruits étaient devenus immangeables tellement ils étaient avancés.
Pour le clafoutis, la recette était celle figurant dans l’ouvrage Auvergne Limousin dans la collection Cuisines régionales de France sous l’égide de Time-Life (1996).

Les proportions pour l’appareil sont :

180 g de farine
4 œufs
1 cuillerée à soupe d’huile
40 cl de lait
150 de sucre en poudre (dont 75 g pour recouvrir le clafoutis à la sortie du four).
1 petit verre d’eau-de-vie
1 pincée de sel


On commence par incorporer les œufs un par un dans la farine, on ajoute l’huile puis un verre de lait. On mélange bien. Quand la pâte est homogène, on verse le reste du lait, 75 g de sucre en poudre, l’eau-de-vie. L’appareil bien lisse obtenu est mis à reposer 1 heure à température ambiante.
On recouvre le fond du moule beurré des cerises non dénoyautées, disposées en une seule couche. On verse l’appareil sur les cerises et parsème de quelques noisettes de beurre.
On enfourne pour une demi-heure à 210 °C.
À la sortie du four, on saupoudre le clafoutis du sucre restant.

Et voici le résultat :

clafoutis
Clafoutis flottant


Dans la recette, il est prescrit d’utiliser 500 g de cerises noires juteuses. J’avoue que je n’ai pas pesé les cerises, mais pour être juteuses, elles étaient juteuses… À tel point qu’au démoulage je me suis aperçu que le clafoutis cachait une sorte de nappe phréatique. N’ayant trouvé aucun usage pour cette eau peut-être pourtant minérale, ce dernier résidu aqueux, fils des nuages qui nous ont survolés, je l’ai versé dans l’évier, d’où il s’est écoulé pour entreprendre un nouveau cycle. Telle est la destinée de l’H2O… L'éternel retour.
En dépit de cet excès d’humidité conféré par ces cerises gorgées d'eau, le clafoutis s’est révélé fort bon : sa consistance était agréable, ni caoutchouteuse ni pâteuse et sa saveur n’était pas gâchée par un excès de sucre.


clafoutis
Cerise sauvée des eaux


Je grave donc cette recette sur mes tablettes. Tablettes sans doute égarées dans quelques mois…

 

 

dimanche 10 juin 2018

Ris !

Pas que des os sur l’étal du tripier… J’ai aussi été alléché par un bac empli de ris de veau. Malheureusement, parmi moult gorges, une seule paume. Pas trop grave cependant. Après tout, une seule pièce me suffisait pour concocter deux assiettes.
Si les os sont allés dès le retour de marché dans la chaleur torride d’un four, de son côté le ris, plongé dans de l’eau froide citronnée, a subi les rigueurs d’une nuit passée dans les frimas du réfrigérateur.
Le lendemain, je le sors de sa torpeur et de la bassine.


ris de veau, paume
Paume paume paume paume !


Finie l’hibernation, je le mets à blanchir dans de l’eau bouillante salée. Puis je le sors avec l’araignée pour le faire refroidir dans de l’eau glacée. Je peux alors l’éplucher et le réserver. Je saute, mais peut-être ai-je tort, l’étape de la mise sous presse.
Je laisse le ris pleurer sur son sort.

Sur le marché il y avait aussi de belles petites girolles de Sologne. Elles sont bien propres et sèches, je n’ai besoin que d’en rafraîchir légèrement la queue et enlever avec un pinceau quelques particules d’humus et brins de mousse.
J’ai aussi acheté d’immenses gousses bien pleines de fèves que je débarrasse de leur peau après avoir écossé et blanchi brièvement.

Dans une poêle, je verse une grosse noix de beurre cru dans laquelle je fais sauter les girolles en compagnie de trois cives découpées en tronçons de six ou sept millimètres. Quand il ne reste plus d’eau de végétation, je retire de la flamme et j’assaisonne.


girolles
Sologne en poêle



Sologne à poil


Je prépare une sauce : fond de veau, Duhomard blanc, feuille de laurier, poivre long et commence une réduction.

Je sors la paume de ris de veau et la découpe en six tranches que je fais dorer à feu doux dans du beurre demi-sel en train de mousser jusqu’à devenir noisette.
À côté, les fèves passent cinq minutes au fond d’une casserole, baignant elles aussi dans ce savoureux beurre fermier.
Le ris est cuit, je peux dresser.
Je dispose les tranches de ris de veau et les fèves. J’ai glissé la poêlée de champignons sur la flamme afin de la remettre à température. J’ajoute les girolles dans l’assiette.
La sauce a fini de réduire, je la vivifie d''une petite cuillerée de jus de citron et je vanne avec une noisette de beurre. J'arrose le ris de veau.
J’allonge des feuilles d’estragon à la fois pour le visuel et le parfum bien en accord avec la garniture, j’ajoute du persil, bof, c’est une nuance de vert en plus. Je finis par la tomate cerise sur le gâteau, toute rayonnante sous sa robe rubiconde – pas étonnant, car elle fut réchauffée dans le giron de serres chauffées par la centrale nucléaire de Chinon… Mais au moins elle a du goût, et sa chair croquante n’est pas gorgée d’eau. Je ne la bannirai donc pas de l’assiette!

ris de veau, girolles, fèves
Bon ris sera toujours bon ris


Qui osera dire que ce plat tripier ne valait pas tripette ?

jeudi 7 juin 2018

Le drapeau noir flotte sur la marmite

Que d’os, que d’os !
Sur l’étal du tripier, des os à moelle fendus dans la longueur, comme je les aime.
Aussi, en ce jour, le drapeau noir flotte sur la marmite…




os à moelle
Jolly Rogers


Les os, saupoudrés de fleur de sel, ont été mis au four bien chaud sous le gril allumé.




os à moelle
Sortis du four


Hum, de savoureuses bouchées vivifiées par des tours de moulin de poivre Voatsiperifery et posées sur des tranches de pain de campagne toasté…



os à moelle, gril
Moelleux !


En contrepoint, un vin blanc de Loire, bio mais fort agréable, une Cuvée Janus du Domaine de l’Écu.



cuvée Janus, domaine de l'Ecu
Janus sous son meilleur visage


Que du bonheur, mille sabords !

mercredi 6 juin 2018

La dame de Mon sureau

Eh oui, l’on vieillit…
Il fut un temps où je tranchais les branches de sureau afin de confectionner des sarbacanes. Désormais je cueille ses fleurs qui me permettent de concocter une suave gelée.
Et peut-être que bientôt cet arbuste me fournira des tisanes propres à soulager mes rhumatismes et douleurs articulaires…

Je suis parti le panier sous le bras dans l’espoir de l’emplir d’inflorescences de Sambucus nigra. Enfin, pas tout à fait, car il est difficile de tenir le volant dans ces conditions…
J’ai arpenté, ou plutôt sillonné, moult allées de la forêt, quelques kilomètres en marche avant et quelques centaines de mètres en marche arrière quand je me suis trouvé confronté à un bourbier dont je me donnais peu de chances de m’extraire si mes roues s’y aventuraient.
Bref, c’est ainsi que je me suis adonné à la pollution sylvestre pour, contrairement à mes habitudes de glouton citadin, découvrir les joies de la consommation bucolique dans la régression de l’âge de l’agriculture et l’élevage à celui de la cueillette.

Mais présentement les fleurs sont dans la cuisine. Elles vont être recouvertes d’une eau qui sera portée à ébullition puis macérer dans un récipient stocké au fond du réfrigérateur.


Trois jours après, je sors cette décoction.


fleurs de sureau, gelée
Petites fleurs...


Il ne reste plus à Madame, la confiseuse maison, qu’à filtrer et ajouter un tant pour tant de sucre à gelées. Pas forcément le bon choix, car ce produit ne tolère pas la présence d’un jus de citron qui aurait pourtant été gustativement bienvenu.
Madame pose sur le feu, l’ébullition commence, elle touille pendant cinq minutes.


sureau, gelée
Attention, ça risque de déborder !


Et c’est la mise en pots.


gelée de fleurs de sureau
Cul par dessus tête


Un produit au parfum subtil, mais qui manque un peu de peps…
Il faut une étiquette vendeuse !


gelée, fleurs de sureau
Beau pot

mardi 5 juin 2018

La mauvaisennotte est arrivée...

J’avais craqué sur mon marché favori pour du thon germon duquel la poissonnière en chef avait prélevé une tranche fort laborieusement en dépit de l’aide d’une assistante de moindre grade.
Le lendemain matin dans un supermarché dont la principale qualité est la proximité, je suis tombé en arrêt devant un empilement de barquettes en bois arborant fièrement leur contenu imprimé sur le couvercle en une élégante écriture cursive : Bonnotte de Noirmoutier. Eureka, me dis-je en mon for intérieur, voici un accompagnement idéal pour ma darne de fils de l’océan : des filles d’une terre nourrie d’embruns…
Quelques heures plus tard, je déballais mon poisson et je rompais les sangles qui scellaient la barquette de pommes de terre.
Las, apparut devant mes yeux horrifiés une vilaine petite patate nichée au milieu de ses sœurs moins atteintes, mais qui semblaient déjà sombrer dans la déprime loin de leur île natale.


bonnottes
Tu pourrais au moins te cacher !


Je suis parvenu cependant à surmonter cette déception analogue à celle de l’ouverture d’une bouteille de beaujolais nouveau bouchonnée le grand soir. Pas la peine que les marketeux se décarcassent si l’intendance ne suit pas !
J’ai balancé l’immonde à la poubelle non sans l’avoir observée de près et en avoir tiré le portrait afin de le conserver dans mes archives au rayon yakanmêmedesproduitsmoches.


bonnottes, Noirmoutier
Est-ce contagieux ?


Puis j’ai extrait quelques individus bonnottesques qui me semblaient consommables bien que plus de première fraîcheur. Je les ai vaguement grattés pour les débarrasser de leurs squames susceptibles de carboniser lors de la cuisson. Et hop, dans la sauteuse avec une grosse noix de beurre et deux verres d’eau, cuisson à couvert cinq minutes puis une dizaine de minutes couvercle enlevé jusqu’à ce que, l’eau évaporée, les pommes de terre puissent dorer sur toutes les faces. Malgré leur aspect peu avenant au départ, j’obtiens une chair moelleuse et goûteuse qui se cache sous une croûte croustillante.
À côté, le thon subit un aller-retour dans le beurre mousseux. Je termine en ajoutant le jus d’un demi-citron que je réduirai à feu vif après avoir sorti le thon. Quelques feuilles de thym citronnelle ajoutent leur parfum vivifiant.


thon germon, bonnottes
Germon ...et merveilles ?


Mauvaise note pour ces bonnottes, mais bonne note néanmoins pour ce plat…




Je soulève à nouveau quelques jours plus tard le couvercle de ma cage aux Noirmoutrines.
Cette fois-ci, ces pommes de terre vont accompagner une anguille.
Je n’avais pas résisté les dimanches précédents au plaisir de m’offrir une petite anguille grillée sur la braise retour de marché que je déguste sur le pouce au déballage des courses. Cette fois-ci j’ai acheté une anguille bien frétillante qu’a bien voulu me tuer d’un coup de pince le marchand dont j’appréhende la retraite – c’est le dernier grilleur d’anguilles restant sur les trois que je voyais jadis tourner sur les foires et les marchés…
Voulant changer de mes matelotes ou anguilles à la maraîchine habituelles, je me suis souvenu d’un excellent plat dégusté il y a bien longtemps en Belgique à Gant : des anguilles au vert.
Je me lance donc dans cette aventure.

Il me faut tout d’abord enlever la peau de la bête. C’est quand même plus facile quand l’anguille est inerte que quand elle gigote comme un beau diable… Il me suffit d’inciser au niveau du cou et de retourner comme une vieille chaussette. Au fait, pourquoi n’est-on pas censé retourner une chaussette neuve ?
Je partage en tronçons, enlève les boyaux. Je réserve dans de l’eau fraîche avec une pointe de vinaigre.
Commence la lourde tâche de préparation des herbes. Heureusement j’ai tout sur place, à quelques mètres. Je cueille oseille, mélisse, menthe, sauge, pimprenelle, estragon, thym, thym citronnelle, origan, romarin. Je vais un peu plus loin couper quelques branches d’ortie – c’est fou comme cette plante se plaît bien dans mon jardin, presque autant que la carotte sauvage…
Je cisèle sur la planche la verdure, pour les plantes aromatiques je me contente d’en prélever les feuilles.
Je hache une échalote que je dépose avec une noix de beurre demi-sel au fond d’une sauteuse. Je place sur feu moyen, et pendant la suée j’éponge mes tronçons d’anguille que j’ajoute quand l’échalote a fondu. Je retourne ces morceaux dans le beurre mousseux sur toutes les faces, j’ajoute un verre de vin blanc sec – un reste de sauvignon qui traînait au frigo, mais heureusement sous vide- et un verre d’eau. Je laisse blobloter dix minutes. Puis je verse les herbes, introduis deux petites feuilles de laurier, touille. Cinq minutes se sont passées, la réduction du liquide commence à devenir excessive, je complète d’un nouveau verre d’eau. Je poursuis la cuisson encore cinq minutes pendant lesquelles je mélange dans un bol deux jaunes d’œuf, le jus d’un citron, un verre d’eau, une petite cuillerée bombée de fécule.
Je jette un coup d’œil vers mes bonnottes. Parallèlement à la cuisson de l’anguille au vert, je les ai traitées comme de vulgaires frites. Non mais ! On veut se la jouer patate de luxe, et on se présente moisie ! Le sort d’une bintje, pas plus… Pas tout à fait quand même, car je ne les découpe pas en bâtonnets. Mais elles plongent dans un centimètre d’huile d’arachide bien chaude au fond d’une casserole. Je les fais rouler de temps à autre afin de dorer en bas, en haut, à gauche, à droite, sur les côtés. Mission accomplie !
Les herbes et l’anguille sont cuites. J’éteins la flamme sous la sauteuse. Je verse alors progressivement le contenu du bol tout en remuant. J’obtiens une sauce bien liée. J’ai encore des morceaux d’herbe apparents, ce n’est pas cette sauce uniformément verte que l’on aperçoit sur beaucoup de photos du Web, mais c’est un parti pris : je ne voulais pas mixer.


anguille au vert, bonnottes
Anguille se mettant au vert


Je dresse les assiettes, ajoutant une seyante (?) fleur de bourrache.


anguille au vert, bonnottes
La fleur qui change tout



Je suis plutôt content du résultat. Mais le combat fut rude, et vécu dans la souffrance : mains brûlées par les éclaboussures de gouttelettes d’huile bouillante quand j’ai eu la mauvaise idée de secouer la casserole pour faire rouler les pommes de terre, piqûres d’ortie malgré mes précautions. Dieu soit loué j’ai échappé à la coupure pendant le hachage. La cuisine est sans nul doute un sport à risque !

dimanche 3 juin 2018

La Sardine qui renonce à se faire aussi grosse que le Phoque


Une Sardine vit un Phoque
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, à peine plus grosse qu’un œuf coque,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : "Regardez bien, ma sœur ;
Est-ce assez ? Dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
Nenni. - M’y voici donc ? - Point du tout. - M’y voilà ?
- Vous n’en approchez point. "La chétive pécore,
Qui était sage, renonça.
Après tout, se dit-elle, la taille ne fait rien à l’affaire :
Ici-bas tout se joue dans la posture.
M’allonger comme ce Phoque ne me sera pas dur.
Pas besoin de m’enfler pour m’en donner l’air.




vendredi 1 juin 2018

Dans la fusion

Une recette alsacienne traditionnelle (ouais, mais pas avant la fin du XIXe siècle…) consiste en la réunion d’asperges blanches, de préférence cultivées à Hœrdt, de tranches de jambon blanc ou cru (voire les deux), d’œufs durs et d’une vinaigrette aux herbes à laquelle peut s’adjoindre une mayonnaise.

J’ai transposé cette recette avec mes ressources locales. Une recette fusion transrégionale en quelque sorte…
Mes asperges étaient angevines, de la région saumuroise.
Mes œufs étaient tourangeaux.
Mais surtout mon jambon était vendéen, et je l’ai posé sur un gril. Il a dû se trouver tout surpris de ne pas atterrir sur des mojettes…
Pour ma vinaigrette, trois cuillerées d’huile d’arachide (si j’en avais eu sous la main, j’aurais préféré de l’huile vierge de colza…), un soupçon de moutarde de Dijon, une cuillerée de vinaigre de cidre, une cuillerée de balsamique blanc, les feuilles de cinq brins de persil et d’un brin d’estragon ciselées, un oignon nouveau haché, deux à trois tours de moulin de poivre noir, un coup de râpe sur une noix de muscade et une pincée de fleur de sel.
 
Pour rappeler la part alsacienne de cette recette, j’ai dressé sur des assiettes du vieux service Obernai de la faïencerie de Sarreguemines hérité de mon grand-père…

asperges, oeuf dur, jambon vendéen, vinaigrette, Alsace
49 + 37 +  85 + V = 67 ?