dimanche 31 octobre 2021

Je l'ai lu dans le canard


Un jeune canard rebelle se tira de sa ferme.

À l’éleveuse furieuse qui le poursuivait

Il cria un « Oui, prends en ton parti, je m’en vais !

Tu me gaves grave, alors, la meuf, tu la fermes ! ».

Les menaces, les supplications, rien n’y fit,

Notre aventurier disparut dans les buissons.

Mais que la suite au lecteur serve de leçon :

Quelques heures plus tard le gras ingrat fut confit.

 

Permettez moi de narrer son histoire…

Des buissons il passa aux sous-bois, puis gagna la forêt.

Ivre de sa liberté, il nasillait à tue-tête quand arriva le soir.

Sous le soleil couchant devant un inconnu il tomba en arrêt.

« N’aie point peur, mon ami, ta chance est de me croiser.

Je m’appelle Goupil, je suis ton serviteur.

Trop de dangers te guettent dans cette zone boisée,

Je vais t’héberger dans ma gueuse demeure. »

Et le fripon d’amadouer notre pauvre canard.

« Que ta plume est lustrée, que ton chant est beau,

Je me réjouis de cette rencontre, de cet heureux hasard

Qui me changera vraiment du si vilain corbeau ! »

Au coin d’une clairière apparut la masure,

Goupil poussa la porte, tira le verrou, changea de ton sitôt.

« Pauvre volatile, ta naïveté dépasse la mesure,

Ne vis-tu point que je te menais en bateau ? »

Le canard fut plumé sans ambages,

Honteux et confus, dans sa graisse il confit.

Dans son cœur montait la rage,

Mais de riposter Goupil le mit au défi.

« Mijote sous le couvercle, tu ne peux t’échapper.

Quant à moi je sors quelques instants.

Ton âme va s’exhaler ce que dure un pet.

Avant, pour méditer, profite du peu de temps. »

Le renard partit en gambadant.

« Quelques champignons seront les bienvenus

Avec ces cuisses dorées qui me donnent la dent.

Les girolles que voilà, je les mets au menu.

Et voici des champignons de Paris,

Pointant leur tête blanche au-dessus des herbages…

Certes la chance en ce jour me sourit,

Quand ce crétin de canard doit hurler dans sa cage ! »

 

Le rouquin se trompait, simplement il songeait, le mulâtre…

Le sort en était jeté, n’avait qu’à pas fuguer !

Désormais, c’était cuit, à quoi bon se battre,

À quoi bon se fatiguer…

« Que ne suis-je resté à la ferme, dans ce doux élevage,

Où éthique est l’abattage,

Je l’ai lu dans le journal.

J'ai bien mal.

Je suis sot ! »


Et ce fut le grand saut.


confit de canard, girolles, champignons de Paris
De tout façon, ça devait finir ainsi


 

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